…ou comment la France est montée sur le toit de l’Europe

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Du bon terreau

France Télévisions avait choisi de retransmettre la demi-finale, puis la finale, répondant en urgence au formidable appel du pied de notre équipe de France durant cet Eurobasket, et espérant sans doute assurer de grosses audiences à peu de frais… Bien leur en a pris, puisque avec plus de sept millions de personnes assistant à la finale – et malgré des commentaires pour le moins approximatifs – France 2 a réalisé dimanche soir le meilleur score du prime time. Un exploit à mettre en relief quand on sait que TF1 truste sur l’année l’essentiel des premières places à cet horaire vedette…

Il faut dire qu’il y avait de quoi, faire un score d’audience avec une équipe pareille, dans un tel contexte ! Même avec le duo Montel-Dacoury aux commentaires…

Depuis des années déjà, vous le savez tous, nos Bleus se sont cassés les dents sur tous les trophées internationaux que leur talent et leur meneur star leur mettaient à portée de main.Souvent de terribles crève-cœurs. En vrac, me reviennent les flashs pénibles : cette balle perdue par Tony Parker (avec une faute non sifflée) sur l’ultime possession du Lituanie-France de 2003 (tiens donc…)… La déliquescence de notre âme collective en 1999 alors que l’équipe de France avait tout en main pour aller loin, à domicile… Les dernières quarante secondes du France-Grèce de 2005, impitoyable calvaire ponctué d’une tir majuscule du poison Diamantidis à la sirène… L’affreux money time face à l’Espagne,  Londres 2012, alors que nous avions la partie en mains, et sans doute une médaille Olympique au bout de la route…

Tous ces instants maudits de chaque supporter de la maison bleue, tous ces échecs cuisants, injustes parfois, ont été le meilleur des teasers, au moment d’aborder la compétition. Notre équipe, et même son entourage, ses supporters, se sont nourris de l’histoire récente pour aller au bout de l’aventure, cette fois, enfin ! Un cliché fréquemment utilisé en matière sportive veut que les défaites soient le terreau des grandes victoires. Et bien, à mon avis, ce n’est pas qu’un cliché.

A l’entame de cet Eurobasket 2013, il était raisonnable de penser que la France avait ses chances pour le titre. Comme tous les deux ans,  ni plus ni moins. Comme la Grèce, la Lituanie, voire la Slovénie. Et moins que l’Espagne, encore favorite malgré les défections majeures qu’elle avait dû subir… Nos Bleus donc, avaient réalisé une préparation tout à fait convenable, sans blessure majeure, ce qui est une vraie victoire quand on connait le nombre de matchs alignés et la fatigue accumulée cette année par des gars comme Parker ou même Diaw…

Sur le premier tour, et même se suivant, l’équipe de France a soufflé le chaud (Ukraine, deuxième mi-temps de la Belgique, Lettonie…) et le froid (en ouverture contre l’Allemagne, Lituanie, première mi-temps de la Belgique, Serbie)… Un brin cyclothymique, l’escouade drivée par Vincent Collet semblait choisir ses matchs, et ne mettre réellement de pression défensive et d’intensité que lorsque l’enjeu le leur imposait. Le fait d’être embarquée d’emblée dans un groupe très (trop) à sa portée, n’a sans doute pas aidé l’équipe dans sa recherche de repères, de confiance.

Au final, c’est quasi une main devant, une main derrière, que nos Bleus se présentaient en quarts, face à l’hôte Slovène et son dragster Goran Dragic, au lendemain d’une cuisante défaite face à la Serbie… Et c’est là que j’ai, que vous, que tout le monde enfin a vu de quoi nos gars se chauffaient cette année ! C’est incontestablement lors de ce match couperet – version moderne quoique moin suffocante d’un certain France Serbie à Novi Sad il y a quelques années – que le destin de l’équipe de France, et peut-être bien de toute la France du Basket, a basculé… Après avoir anéanti les principales armes offensives Slovènes (en exergue la défense de Nicolas Batum sur le poison Dragic), nos Bleus avaient déjà envoyé un signal fort aux dernières équipes encore en lice.

Derrière, les attendaient deux matchs d’anthologie.

France-Espagne est à mon sens, de tous les temps, ce que le basket en France a pu donner de plus fort à ses fans. Je pèse mes mots. Et rien qu’à écrire cela, je ressens encore quelques frissons. Tout y était : l’enjeu, l’adversaire, l’historique des deux équipes, la rivalité entre les joueurs, la qualité du match, le scenario… Tout ! Tout a été incroyable dans cette demi-finale, à commencer même quelques heures avant, sur les réseaux sociaux, où une drôle de fièvre semblait gagner les intervenants, à coups de Hashtags #BeatSpain…  Comme si, à l’instar d’animaux qui devinent dit-on l’éruption imminente d’un volcan, les supporters de l’équipe de France semblaient habités de cette étrange certitude que nous allions enfin triompher de notre Némésis espagnole…

Et il fallait y croire, à 20-34 à la mi-temps, baladés que nous étions, concassés par la défense ultra virile des ibères, simplement maintenus en respiration artificielle par un urgentiste de génie nommé Tony Parker (14 points à la pause, 32 au final)…  Au prix d’un effort admirable pourtant, d’une adresse retrouvée, les Bleus sont parvenus à renverser la vapeur, portés par la rage et les rebonds d’un incroyable Flo Piétrus ! Lors de la prolongation, Tony entra un trois points absolument crucial, avant de nous délivrer sur la ligne des lancers, avec le support ultra décisif d’un Antoine Diot retrouvé…

{A200B361-615D-42CC-AB09-DA73391A69FC}flexibleSur la finale, même si la Lituanie nous avait battus en poules, et jouait quasiment à domicile, devant ses incroyables fans peinturlurés et braillards, l’optimisme était de mise. Seule semblait guetter les Français la tentation de céder à la démobilisation, comme cela arrive souvent après une grande victoire. Mais il n’en fut rien. Entrant dans la partie comme rarement lors de cet Euro, récitant une partition collective proche de la perfection quarante minutes durant, les Bleus ont totalement broyé leurs malheureux adversaires. Les Lituaniens, archi dominés aux rebonds malgré les menhirs dont leur peinture est peuplée, n’ont en réalité existé qu’une quinzaine de minutes, le temps pour l’incendiaire Linas Kleiza (16 points à 100% à cet instant du match) d’aller s’assoir sur le banc. Lorsqu’il revint en jeu, son équipe était passée de +2 au score à -16, en quatre grosses minutes ! Et déjà, la messe était dite. Derrière, ce fut une merveille de gestion, de lucidité et d’expérience. De ce savoir faire né des échecs ou des semi-réussites passés. Et oui on peut le dire, du terreau des défaites, naissent souvent les grandes victoires.

Douze gars en or

Ce lundi flotte dans l’air un drôle de sentiment. Un relâchement, une forme de plénitude. Sans doute chaque fan de basket ressent-il cela ce matin. Plus rien ne sera jamais comme avant, quoi qu’il arrive. On a gagné. Et c’est historique.

Les douze princes, dans le détail :

#4 Joffrey Lauvergne : on attendait peut-être trop de lui, près sa magnifique préparation. On a parfois vu le Joffrey métamorphosé du Partizan, mais aussi hélas parfois le Joffrey un peu dilettante de Chalon, qui peine à assimiler les systèmes, à faires les bons changement en défense. A sa décharge, Collet l’a peu utilisé en dehors de matchs faciles, et il n’a que 21 ans. Beaucoup d’énergie, le sens du sacrifice, de la baston. Son avenir est certainement en Bleu.

#5 Nicolas Batum : terriblement inconstant en attaque, où n’est pas toujours parvenu à rentrer dans ses matchs. Malgré ses progrès, et la confiance affichée, Nico peine toujours à canaliser ses émotions, à ne pas passer en deux secondes de l’euphorie au doute. Pourtant, son apport est malgré tout primordial, tant il est en capacité de dominer des deux côtés du terrain, et de défendre sur n’importe qui du poste 1 à 4… Se repose sans doute trop sur son shoot à distance.  Impliqué dans tous les camps statistiques.  Précieux en défense face à l’Espagne, malgré une gabegie offensive. Magnifique en finale. Décisif, Batman, même quand il ne score pas.

#6 Antoine Diot : un miraculé, qui aurait pu arrêter le basket en 2011, lors que son dos l’empêchait de redevenir le joueur dominant qu’il a toujours été chez les jeunes. La relève évidente de Tony, dans un style différent, au poste de meneur. Très peu utilisé en prépa, il est peu à peu entré dans la rotation à la place d’Heurtel, pour sa défense principalement, et son excellent taux de balles perdues… Mais c’est en attaque qu’il a sauvé la baraque face à la Roja, puis rentré un incroyable buzzer beater en finale ! A la particularité, depuis ses titres en catégories de jeunes, de savoir rentrer les lancers décisifs en fin de match. L’Espagne s’en souvient encore.

#7 Johan Petro : un étonnant come back, pour celui qui avait fait un passage éclair, et pour tout dire médiocre en EDF, lors des mondiaux de 2006… Il s’est lui-même proposé au sélectionneur, sans ambition autre que donner un coup de main et trouver un club, avant la préparation, suite à la cascade de forfaits à l’intérieur. Inutile de dire qu’on en attendait peu. Et bien, il a été plutôt très bon Johan, montant en régime au fil du tournoi. En progrès en défense, même s’il ne sera jamais un intimidateur. Son tir au poste est fiable, et sa taille un véritable atout. Une solide rotation au pivot.

#8 Charles Kahudi : pas loin de penser qu’on ne verra plus « l’Homme » en Bleu. Peu utilisé dans la préparation, il est carrément sorti de la rotation au cours du tournoi. Précieux en défense, où son athlétisme est sans égal, il reste vraiment frustre en attaque. Pas facile de donner plus avec si peu de temps de jeu, évidemment. Mais sa sous-utilisation fait partie des choix gagnants de Collet, en cours de compétition, au même titre que Thomas Heurtel ou Joffrey Lauvergne.

#9 Tony Parker : MVP indiscutable de l’Euro. Les jambes, la gueule et la voix de cette équipe. Sans doute le meilleur meneur actuel, il est aussi à mon sens aujourd’hui le plus grand joueur all time a avoir porté le  maillot bleu. Un talent offensif phénoménal. Réalise globalement un tournoi splendide, où il a encore amélioré sa gestion de balle, l’alternance entre les initiatives individuelles et le jeu d’équipe. Un grand match contre la Slovénie en quart, suivi d’une performance d’anthologie face aux arrières espagnols en demi ! Un grand Monsieur, on s’en rendra pleinement compte lorsqu’il ne jouera plus.Bien résumé dans cette phrase de David Cozette, en plein direct : « moi, quand je serai vieux, je dirai à mes petits enfants que je l’ai bien connu, Tony Parker… Et leur ferai même croire qu’on était copains! »

#10 Thomas Heurtel : Le bizut de l’équipe a, comme Kahudi, fait les frais du choix de Collet de resserrer sa rotation pour donner plus de liant à son collectif, plus de régularité dans la performance défensive. Du talent et du culot en attaque, servi par des cannes de feu, comme on a pu le voir en préparation. Mais Thomas est à ce jour trop permissif en défense, cela lui a coûté sa place sur le parquet, la plupart du temps.

#11 Florent Piétrus : le guerrier de l’équipe, d’un apport absolument inestimable dans la dureté et l’impact défensif. Toujours présent dans les luttes aux rebonds, les mains actives sur le porteur de balle, dans les lignes de passes, en deuxième rideau. Flo n’a plus forcément l’incroyable détente de ses jeunes années paloises, mais est passé expert dans le positionnement et la lecture du jeu. Cerise sur la gâteau, ma marqué un trois point hors de prix face à l’Espagne, et quelques paniers bienvenus en finale. Et comme dit George Eddy, « chaque point de Flo est un bonus pour l’équipe » ! MVP défensif pour moi.

#12 Nando de Colo : Il est désormais totalement installé dans son rôle de sixième homme en équipe de France, s’est clairement affirmé au sein du groupe, et même face aux journalistes. Nando est un métronome offensif, qui ne gâche pas souvent de cartouches inutiles, et ne tire la couvertures à lui que si nécessaire. Souvent seul à surnager quand tout va mal, il peut créer ses shoots et scorer même quand le collectif est dépassé. En progrès sur le plan athlétique, peut encore faire mieux en défense, où il peine à tenir les arrières vraiment rapides.

#13 Boris Diaw : le président a livré son Euro le plus abouti depuis 2005, où il avait élu dans le meilleur cinq du tournoi. J’ai certes du mal à oublier l’avion de chasse athlétique qu’il était avec vingt kilos de moins, mais il faut reconnaître que son jeu a évolué en conséquence de son physique : désormais Babac est passé maître dans la prise de position, tant en attaque d’en défense, la pose d’écrans, le jeu en post up. Et sa qualité de passe éclaire toujours notre jeu d’attaque. Une finale magnifique. L’âme de l’équipe.

#14 Alexis Ajinça : celui qu’on n’osait plus attendre, et finalement LA révélation du tournoi, pour nous autres Français ! Il sait enfin quoi faire de sa taille et surtout de son envergure d’albatros. Alexis a, en dehors d’un match d’ouverture où le stress l’a dépassé, posé des problèmes à toutes les équipes. Il change le cours des choses lorsqu’il est sur le terrain. Certains ont peut-être perdu leur place en Bleu cet été, car lui, il l’a gagnée. Un intimidateur sans équivalent en Europe, qui peut devenir le point d’ancrage offensif de l’équipe, dans les années à venir. A progressé en défense au fil des matchs. Intelligent. Sky is the limit !

#15 Mickael Gélabale : Le Guadeloupéen est sans doute un des joueurs les plus sous-côté de l’équipe. Son caractère discret et son attitude nonchalante n’y sont pas pour rien. Il n’a pas vraiment de point faible, d’autant que son gabarit et sa polyvalence autorise Collet à de multiples changements tactiques. Défenseur solide, shooteur extrêmement fiable et délié, MicKaël nous a fait de Gélabale, quinze jours durant. Indispensable dans rotation.

… Un petit mot enfin sur le sélectionneur Vincent Collet, désormais homme l e plus titré à avoir été à la tête de l’équipe de France. A été absolument décisif dans la victoire. Déjà rien qu’en révélant Alexis Ajinça à lui-même au cours d’une saison de championnat à Strasbourg… Ensuite, ses coups de gueule et recadrages opportuns (n’est ce pas, Mickaël Gélabale ?) ont parois fait basculer des momentums. Enfin, il a fait taire la plupart des critiques injustes dont il était la cible, par son génie tactique (cette zone qu’on n’utilisait plus depuis 3 ans…) face à l’Espagne. Bravo Vincent, cette victoire est aussi la tienne et celle de ton staff !

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