Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
La NBA a connu son lot de séparations marquantes, mais peu ont autant marqué les esprits que celle entre Shaquille O’Neal et Kobe Bryant. Ensemble, ils ont dominé la ligue et enchaîné trois titres consécutifs, avant de voir leur duo exploser sous les tensions internes. Derrière cette rupture, c’est toute une organisation qui a dû trancher entre deux légendes.
Au début des années 2000, les Lakers régnaient sur la ligue grâce à l’alliance entre le pivot dominant et l’arrière flamboyant. Pourtant, les frictions incessantes, les égos et les différends contractuels ont fragilisé cette dynastie. La franchise a finalement décidé de miser sur Bryant, plus jeune et encore au sommet de ses capacités, en lui offrant un contrat massif de sept ans et plus de 130 millions. De son côté, O’Neal a été transféré au Miami Heat à l’été 2004, dans des conditions qu’il n’a jamais digérées.
L’intéressé a récemment confié avoir appris son départ d’une manière brutale. « C’était drôle parce que je mangeais des Frosted Flakes devant ESPN et ils ont dit que Mitch Kupchak allait écouter des offres pour Shaq », a-t-il raconté sur le Straight Game Podcast. L’ancien pivot a expliqué avoir ressenti un profond manque de respect, regrettant que le manager général ne l’ait pas informé directement d’une décision aussi lourde de conséquences.
Une rupture sous haute tension
Furieux, Shaquille O’Neal a admis qu’il avait sauté dans sa voiture pour se rendre aux installations des Lakers. Officiellement, il voulait récupérer du matériel, mais en réalité, il comptait s’expliquer avec Kupchak. « J’allais le détruire, je te le promets, parce que je comprends le business, mais montre-moi un peu plus de respect. J’étais avec mon fils Shareef, je mangeais mes céréales, et je me disais : ‘Merde, on est en train de se faire trader.’ » Ses propos traduisent bien le mélange de frustration et de trahison qu’il a ressenti à ce moment-là.
Avec du recul, Shaq reconnaît que la décision de Los Angeles n’était pas illogique. Kobe Bryant avait clairement fait comprendre qu’il ne souhaitait pas poursuivre si O’Neal restait dans l’effectif. « Après la défaite, il a fait ce qu’il fallait. Il a dit : ‘Si vous ne vous débarrassez pas de Shaq, je ne reviens pas.’ Alors ils ont choisi le plus jeune, et j’ai été échangé quelques jours plus tard », a-t-il admis. Les Lakers ont donc misé sur la longévité, et la suite de la carrière de Bryant leur a donné raison.
Ces épisodes montrent à quel point le pivot, aussi dominant qu’il fût sur le terrain, entretenait des relations houleuses avec ses dirigeants. Son imposante stature et sa personnalité colossale n’impressionnaient pas toujours les front offices, qui n’ont jamais hésité à tourner la page lorsqu’ils le jugeaient nécessaire.
L’histoire entre Shaquille O’Neal et la NBA reste donc marquée par un paradoxe. Idole incontestée sur le parquet, il s’est souvent heurté à des décisions qui lui rappelaient que, même pour les plus grands, la logique des affaires prenait toujours le dessus. Ces souvenirs, racontés avec son humour habituel mais aussi une pointe d’amertume, continuent d’illustrer l’un des chapitres les plus tumultueux de la ligue.