Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Certaines rencontres marquent une vie et façonnent une carrière à jamais. Pour Vanessa Paradis, celle faite à l’adolescence avec Serge Gainsbourg appartient à cette catégorie rare. À seulement 17 ans, la jeune artiste a partagé bien plus qu’un simple projet musical avec le monument de la chanson française. Des souvenirs intenses, qu’elle évoque aujourd’hui avec une sincérité désarmante.
Propulsée sur le devant de la scène à la fin des années 1980 grâce au succès planétaire de « Joe le Taxi », Vanessa Paradis devient très vite bien plus qu’un simple phénomène. Mais c’est au contact de Serge Gainsbourg que la chanteuse franchit un nouveau cap. Le compositeur, déjà légendaire, décide de s’investir pleinement dans son deuxième album, prenant une décision forte en écartant d’autres plumes prestigieuses comme Renaud ou Alain Souchon.
Invitée récemment sur le plateau de l’émission C A Vous, l’ancienne compagne de Johnny Depp a été replongée dans cette période fondatrice. Une archive des Victoires de la Musique 1990 lui a été montrée, où elle rendait hommage à Serge Gainsbourg en interprétant La Javanaise aux côtés de Michel Sardou, Patrick Bruel et Laurent Voulzy. Un moment chargé d’émotion, d’autant plus qu’un projet commun était déjà bien engagé. Elle se souvient ainsi, au sujet de cette collaboration naissante :
« On n’était pas encore en studio, mais on avait déjà le projet de faire un disque ensemble. »
Ce projet prendra la forme de Variations sur le même t’aime, album entièrement écrit par Serge Gainsbourg sur des musiques de Franck Langolff. Le disque rencontre un immense succès avec près de 450 000 exemplaires vendus et restera comme la dernière contribution artistique majeure de Gainsbourg, disparu en 1991.
Amenée à réfléchir à cette période si particulière, alors qu’elle n’avait pas encore 18 ans, l’interprète de « Divine idylle » a livré un témoignage sans filtre sur l’attitude du chanteur avec elle. Loin des clichés associés à Gainsbarre, Vanessa Paradis décrit un homme profondément différent de l’image publique qui lui collait à la peau :
« C’était fou… Quelle chance j’ai eue de vivre quelques mois à ses côtés, de partager le studio, partager des moments chez lui… Et puis, il était très paternel, très doux, très élégant, tellement élégant ! Vraiment, c’était merveilleux. »
Avec le recul, la chanteuse reconnaît toutefois ne pas avoir pleinement mesuré l’ampleur de ce qu’elle vivait à l’époque. Emportée dans un tourbillon médiatique et encore très jeune, elle admet aujourd’hui un léger regret :
« En fait, je crois que je ne réalisais pas à l’époque la chance que c’était de passer des mois à ses côtés et d’avoir un disque signé par lui. Je réalisais, mais pas autant qu’aujourd’hui. »
Un regret finalement minime au regard de l’expérience exceptionnelle vécue aux côtés de l’un des artistes les plus influents de la musique française. Si Serge Gainsbourg a souvent divisé par son comportement provocateur, Vanessa Paradis, elle, conserve le souvenir d’un homme attentif, protecteur et élégant. Une parenthèse courte mais décisive, qui a durablement marqué sa carrière et son regard sur le métier d’artiste.
