Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À l’heure où il regarde davantage derrière lui que devant, Alain Souchon a choisi de se raconter sans fard. Dans un livre intime, le chanteur revient sur une souffrance longtemps tue, omniprésente, et souvent incomprise. Un mal invisible qui a façonné son quotidien autant que son rapport au monde. Et dont il parle aujourd’hui avec une rare sincérité.
Figure incontournable de la chanson française, Alain Souchon traverse les décennies avec une popularité intacte et des titres entrés dans le patrimoine collectif. Né à Casablanca, longtemps associé à Laurent Voulzy, l’auteur-compositeur a pourtant dû composer, loin des projecteurs, avec une fragilité tenace. Derrière la nonchalance apparente et la douceur des mélodies, l’homme a mené un combat discret mais constant, dès l’enfance.
Car si l’interprète de « Foule sentimentale » affiche encore une belle énergie sur scène, notamment aux côtés de ses fils, une ombre n’a jamais cessé de l’accompagner. Depuis toujours, Alain Souchon souffre de migraines sévères, héritées de son histoire familiale, qui ont profondément marqué sa vie personnelle comme professionnelle. Une réalité qu’il n’avait jamais vraiment détaillée jusqu’à présent.
C’est dans sa biographie intitulée « La vie c’est du théâtre et des souvenirs » que l’artiste a décidé de revenir longuement sur ce mal chronique, évoquant ses premières années et l’impact de ces douleurs récurrentes :
« J’ai passé ma vie à voir des médecins à cause de cela. Quand j’étais enfant, je me sentais plus fragile à cause des migraines. Comme mon grand-père et ma grand-mère en avaient aussi, ils m’envoyaient me coucher dans le noir, un gant de toilette sur la tête. »
Des crises difficiles à anticiper, parfois incapacitantes, qui n’épargnaient ni le quotidien ni la scène. Celui que l’on associe souvent à une forme de légèreté confie combien ces épisodes le coupaient littéralement du monde, au point de rendre certaines prestations particulièrement éprouvantes. Dans ce même ouvrage, Alain Souchon se souvient notamment d’un concert resté gravé dans sa mémoire pour de mauvaises raisons :
« Quand on a des migraines, on est en dehors du monde. Tout vous gêne : le moindre bruit, la moindre lumière. Il y a vingt ans, à St-Quentin, j’ai chanté avec une forte migraine. Un cauchemar. »
Un témoignage qui résonne chez de nombreux Français, tant les migraines touchent une large part de la population, sans solution définitive à ce jour. Malgré tout, le chanteur n’a jamais cessé de monter sur scène ni de créer, refusant que cette souffrance prenne le dessus sur sa vocation.
Longtemps resté pudique sur le sujet, Alain Souchon a finalement choisi de mettre des mots sur ce combat silencieux. Une parole tardive mais précieuse, qui rappelle que derrière les figures les plus familières se cachent parfois des épreuves durables, affrontées avec une discrétion exemplaire.
