Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
Russell Westbrook fascine autant qu’il divise. Capable de fulgurances statistiques inédites, il a longtemps incarné une vision brute et explosive du poste de meneur. Mais derrière l’accumulation de chiffres et de records, une question revient sans cesse chez les observateurs : celle de sa lecture du jeu dans les moments qui comptent vraiment.
Parler des plus grands meneurs de l’histoire sans citer Westbrook est impossible. MVP en 2017, double meilleur scoreur, triple leader aux passes décisives et détenteur du record absolu de triple-doubles, l’ancien joueur d’Oklahoma City a repoussé les limites de la production individuelle. À quatre reprises, il a même terminé une saison avec un triple-double de moyenne, un exploit que l’on pensait intouchable depuis Oscar Robertson.
Sa trajectoire statistique reste impressionnante sur le long terme. Westbrook se rapproche d’Oscar Robertson au classement des meilleurs scoreurs parmi les meneurs et pourrait, avec LeBron James, devenir l’un des rares joueurs à conclure sa carrière dans le top 10 historique en points, passes décisives et interceptions. Pourtant, malgré ces accomplissements, un élément majeur manque à son palmarès : le titre NBA, ce qui alimente depuis des années le débat autour de son impact réel sur la victoire.
Une lecture du jeu qui pose question dans les moments décisifs
Ce débat a récemment été ravivé par Gilbert Arenas, autre ancien meneur emblématique. « Un haut QI basket, c’est comprendre le temps de possession, comprendre ce dont l’équipe a besoin. C’est ce qui fait les grands joueurs du quatrième quart-temps », explique-t-il, avant d’ajouter « le problème de Russ, c’est qu’il joue le premier quart-temps de la même manière que le quatrième ». Selon Arenas, cette incapacité à adapter son rythme expliquerait ces actions précipitées et ces choix contestables lorsque le jeu ralentit et exige davantage de réflexion.
Pour Gilbert Arenas, la différence entre un très grand joueur et une légende se situe souvent dans la gestion des fins de match. « Quand le jeu ralentit, il faut penser plus que courir. Russ est un immense joueur, un triple-double ambulant, mais quand on parle de réflexion du jeu au plus haut niveau, celui du top 10 historique, je ne le mets pas dans cette catégorie », tranche-t-il sans détour. Une analyse sévère, mais qui rejoint un reproche récurrent formulé tout au long de la carrière de Westbrook.
Au-delà des statistiques, le parcours collectif de Westbrook nourrit également les critiques. Il a évolué au sein de plusieurs effectifs d’élite, notamment aux côtés de Kevin Durant et James Harden, sans jamais parvenir à atteindre le sommet. Ces échecs répétés ont renforcé l’idée qu’un jeu centré sur l’intensité permanente et l’attaque frontale n’était pas toujours compatible avec les exigences du très haut niveau en playoffs.
Les chiffres ont toujours été au rendez-vous pour Russell Westbrook, mais l’impression persistante est celle d’un joueur qui n’a jamais véritablement ajusté son style aux contextes et aux coéquipiers. Cette rigidité tactique, pointée par Arenas et d’autres anciens joueurs, pourrait bien rester comme l’ombre permanente d’une carrière pourtant exceptionnelle, faite de records, d’intensité… et de débats sans fin.
