Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
La marge d’erreur se réduit dangereusement à San Francisco. Chaque semaine qui passe rappelle un peu plus que le temps n’attend personne, pas même les légendes. Et dans l’ombre de Stephen Curry, une autre star se retrouve désormais au cœur d’un équilibre délicat, aussi stratégique que nécessaire.
La franchise de Golden State sait qu’elle ne peut plus se permettre de vivre uniquement au rythme des explosions offensives de son meneur emblématique. À 37 ans, Curry reste décisif, mais l’usure est réelle et la gestion de son temps de jeu est devenue un enjeu central de la saison. Dans ce contexte, le rôle de Jimmy Butler suscite débats et incompréhensions.
Certains observateurs lui reprochent un manque d’agressivité ou une forme de retenue quand il partage le terrain avec Curry. Une lecture que Steve Kerr a tenu à nuancer récemment, expliquant que cette dynamique n’a rien d’un problème, mais répond à une logique collective assumée. « C’est précisément pour ça que nous avons Jimmy. Lors de notre dernier match, nous n’avons pas remis Steph à la fin habituelle de la deuxième période, nous avons laissé Jimmy mener un groupe plus jeune pour apporter de l’énergie. Cela nous a permis de limiter Steph à environ 29 minutes », a détaillé l’entraîneur, évoquant une gestion pensée sur la durée.
Jimmy Butler, clé de l’équilibre sans Curry
Cette approche illustre parfaitement la raison pour laquelle Golden State avait ciblé Butler sur le marché. Malgré la présence de joueurs capables d’apporter du scoring, la charge offensive reposait encore trop souvent sur Curry. Avec Butler, la franchise peut désormais modifier ses schémas, imposer un jeu plus physique et maintenir une pression constante même lorsque son leader se repose.
Steve Kerr insiste aussi sur la finesse intellectuelle de Butler, capable d’adapter son jeu selon les partenaires qui l’entourent. « Ce que j’ai remarqué, c’est que lorsqu’on aligne Jimmy avec un groupe qui l’oblige à prendre les choses en main, c’est là qu’il est le meilleur. Avec Steph et Draymond, c’est un joueur tellement intelligent et consciencieux qu’il sait à quel point Steph est fort, et il a tendance à s’effacer un peu quand il est sur le terrain », a-t-il expliqué.
Loin d’être un défaut, cette capacité à s’ajuster renforce l’identité collective de Golden State. Butler accepte que Curry reste le visage et le moteur émotionnel de l’équipe, tout en endossant le rôle de leader offensif quand la situation l’exige. Une alternance presque complémentaire, où la puissance de l’un prépare le terrain aux fulgurances de l’autre.
Pour espérer peser réellement en fin de saison, cette répartition des responsabilités est indispensable. Curry peut encore faire basculer un match, mais lui demander de porter l’attaque pendant 35 minutes chaque soir serait un pari risqué. En laissant Butler assumer le poids du jeu lorsque le meneur souffle, la franchise se donne une chance de rester dangereuse sur 48 minutes… et surtout d’avoir son chef d’orchestre au sommet au printemps.
