Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
Avant même le début de l’exercice, Victor Wembanyama semblait promis à une distinction presque évidente. Son impact défensif saute aux yeux, transforme les attaques adverses et redéfinit la notion même de protection de cercle. Pourtant, à l’approche de la mi-saison, le scénario s’est complexifié pour le DPOY, au point de redistribuer complètement les cartes.
La règle des 65 matchs minimum, instaurée pour limiter la gestion de charge, menace désormais la candidature du Français. Déjà absent à quatorze reprises et encore incertain pour les prochaines rencontres, Wembanyama voit ses chances se réduire malgré une domination défensive rarement observée à ce niveau. Un paradoxe frustrant, alors même que son influence dépasse largement la simple lecture des feuilles de statistiques.
Dans ce contexte, Chet Holmgren a progressivement gagné du terrain pour ESPN. Pilier de la défense collective du Thunder, il bénéficie à la fois de la réussite d’Oklahoma City et d’une régularité précieuse dans une course où la disponibilité devient presque aussi déterminante que la performance brute : « Les statistiques avancées placent logiquement Wembanyama comme le défenseur le plus impactant de la NBA à possession égale. En revanche, il n’y a pas de consensus clair pour la deuxième place. Holmgren apparaît comme le choix le plus sûr, ce qui explique pourquoi il est devenu favori si Wembanyama ne se qualifie pas ».
Un impact individuel difficile à comparer
Sur le plan purement analytique, les deux profils racontent des histoires différentes. Holmgren affiche un defensive rating flatteur, porté par une défense collective d’élite où plusieurs coéquipiers figurent parmi les meilleurs de la ligue. Sa présence dissuasive, sa mobilité et son sens du timing en font un rouage essentiel du succès du Thunder.
De son côté, Wembanyama évolue dans une autre dimension. Sa domination au rebond défensif, son contrôle de l’espace et sa capacité à faire chuter drastiquement l’efficacité adverse près du cercle le placent dans une catégorie à part. Peu de joueurs peuvent se targuer d’altérer autant les décisions offensives, parfois sans même toucher le ballon.
Là où Holmgren profite d’un environnement collectif idéal, Wembanyama porte souvent seul la responsabilité défensive des Spurs. Cette différence de contexte nourrit le débat : faut-il récompenser l’impact individuel absolu ou la contribution majeure à une défense d’équipe déjà structurée ? La question divise, d’autant plus que la règle des 65 matchs impose une lecture comptable à une discussion qui se voulait, à l’origine, purement sportive.
Sur le plan financier, l’enjeu est loin d’être anodin. Un trophée de DPOY peut influencer la trajectoire contractuelle d’un joueur, même si Holmgren, dans son cas précis, ne dispose pas de clause d’escalade sur son futur contrat rookie. À l’inverse, Wembanyama n’est pas directement concerné à court terme, mais chaque distinction manquée alimente un récit qui pèsera tôt ou tard dans l’évaluation de son héritage.
