Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Après plus d’un demi-siècle de carrière, Julien Clerc reste l’une des figures les plus respectées de la chanson française. Un succès artistique indéniable, doublé d’une réussite financière longtemps confortable. Pourtant, même pour un artiste de ce calibre, les temps ont changé. Et certaines évolutions du secteur continuent de sérieusement l’agacer.
Grand nom de la chanson française depuis plus de cinquante ans, Julien Clerc a traversé les époques en empilant les tubes et en remplissant les salles. De « Ma préférence » à « Femmes, je vous aime », le chanteur a construit une œuvre populaire et durable, lui assurant pendant longtemps des revenus très conséquents.
Une réussite qui lui a parfois valu d’être scruté, notamment lorsqu’il est apparu dans les Paradise Papers il y a quelques années pour un mécanisme lui permettant de gérer son yacht via une société maltaise. À l’époque, l’interprète de « Mélissa » avait tenu à clarifier sa situation dans les colonnes de Paris Match, soucieux de défendre son image et son rapport à l’argent :
« Je n’ai jamais cherché à fuir l’impôt. Je travaille en France et je paie mes impôts en France. Et il faut être un grand industriel pour éventuellement s’établir à l’étranger. Moi, mon argent, je le gagne en France. Et le souci de ma vie a toujours été d’être dans les clous. Après, oui, les gens qui pensent payer trop d’impôts ont raison de le penser. Donner la moitié de ce qu’on gagne me semble normal, au-delà, c’est anormal ».
Depuis, Julien Clerc a revu son train de vie, affirmant avoir vendu une grande partie de ses biens et savourer désormais une existence plus simple, entouré notamment de sa femme Hélène avec qui il est comblé. Mais si le chanteur ne se plaint pas de son confort matériel, une source de revenus autrefois essentielle s’est, elle, effondrée : les droits d’auteur. Et ça le titille.
Avec la montée en puissance des plateformes de streaming, la baisse des diffusions radio et l’effondrement des ventes physiques, la rémunération des chanteurs a fondu. Une situation que Julien Clerc avait dénoncée avec franchise dans les colonnes de « La Provence », visiblement amer face à cette nouvelle réalité :
« Je ne passe pas vraiment par la radio, j’écoute comme tout le monde sur les plateformes… Je participe malheureusement au fait que ça va devenir de plus en plus difficile de vivre de notre métier. À part les gens du rap, avec les mômes qui cliquent ! Quand on regarde nos droits d’auteur, en comparaison de ce qu’on percevait avant, c’est ridicule ! »
Un constat partagé par de nombreux artistes de sa génération, confrontés à une industrie musicale profondément bouleversée. Même pour une icône comme Julien Clerc, le succès d’hier ne garantit plus les revenus d’aujourd’hui, et le fossé entre reconnaissance artistique et rémunération n’a jamais semblé aussi flagrant. Mais cette nouvelle tendance semble bien partie pour durer…
