Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Liés à jamais par l’aventure du Splendid, Gérard Jugnot et Josiane Balasko forment l’un des duos les plus emblématiques du cinéma français. Entre eux, la complicité n’a jamais disparu, pas même lorsque les années passent et que le regard sur soi évolue. En 2012, les deux comédiens s’étaient d’ailleurs livrés à cœur ouvert sur un sujet rarement abordé sans filtre dans ce milieu. Avec humour, autodérision… et une franchise désarmante.
Ensemble, Gérard Jugnot et Josiane Balasko ont marqué plusieurs générations de spectateurs à travers les films cultes de la troupe du Splendid. Des Bronzés au Père Noël est une ordure, en passant par de nombreuses collaborations plus tardives, les deux artistes ont construit des carrières solides, loin des standards traditionnels de beauté. Un positionnement assumé, qui a longtemps nourri leur jeu et leurs personnages.
Plus de quarante ans après leurs débuts, les membres du Splendid continuent d’occuper une place centrale dans le paysage cinématographique français. Gérard Jugnot, figure incontournable de la comédie populaire, n’a jamais ralenti le rythme, tandis que Josiane Balasko s’est imposée comme actrice, réalisatrice et scénariste respectée. En 2012, leurs routes se sont à nouveau croisées à l’écran dans « Mes héros », l’occasion parfaite de revenir sur leur parcours commun.
C’est dans ce contexte, lors d’un entretien accordé à Femme Actuelle pour la promotion du film, que Josiane Balasko avait surpris par un compliment appuyé envers son partenaire de toujours, évoquant le rapport au temps et au physique avec une rare sincérité :
« Gérard devient de plus en plus beau en vieillissant. Je le trouve très séduisant dans le film. Finalement, on a eu la chance de ne pas être beaux jeunes. »
Face à elle, Gérard Jugnot n’avait pas cherché à esquiver le sujet. Habitué à jouer de son image et conscient de ce qui l’a longtemps distingué des jeunes premiers classiques, l’acteur avait répondu avec la même autodérision, rappelant les débuts de leur tandem à l’écran :
« On n’était pas des canons ! Moi, j’avais le physique du Français moyen, toi, tu jouais la fille ronde complexée… On ne nous a jamais choisis pour notre teint de pêche. »
Une lucidité partagée, qui n’a jamais empêché ni l’un ni l’autre de s’imposer durablement – et cela en dépit de certaines violences verbales, dont la phrase d’Anne Sinclair envers Balasko. Toujours lors de cet échange, la comédienne avait d’ailleurs élargi la réflexion, soulignant à quel point le temps pouvait devenir un allié lorsque le talent est au rendez-vous :
« Je plains le jeune premier qui se demande ce qu’il va jouer après 50 ans. À 60 ans, je n’ai jamais autant travaillé ! »
Loin des diktats esthétiques, Gérard Jugnot et Josiane Balasko incarnent une autre idée du cinéma, où la personnalité et le jeu priment sur l’apparence. À l’image de leurs camarades du Splendid, ils ont prouvé qu’une carrière peut se construire et se bonifier avec le temps. Et que, parfois, ne pas correspondre aux canons de beauté est finalement une force durable.
