Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À 77 ans, Gérard Depardieu continue de susciter autant de fascination que de malaise au regard de ses affaires en cours. Monstre sacré du cinéma français, l’acteur n’a jamais édulcoré ses prises de position, quitte à heurter. Visiblement toujours en rupture avec son pays natal, il avait d’ailleurs livré un regard sombre et désabusé sur la France d’aujourd’hui…
Figure incontournable du cinéma hexagonal depuis plus de cinquante ans, Gérard Depardieu a marqué plusieurs générations par sa puissance de jeu et sa capacité à se glisser dans tous les registres. De Cyrano de Bergerac aux grandes fresques populaires, le comédien s’est imposé comme l’un des acteurs les plus marquants de sa génération. Une carrière immense, qu’il a pourtant souvent minimisée, préférant cultiver une image d’homme libre, détaché des honneurs et des frontières.
Ces dernières années, l’acteur né à Châteauroux s’est toutefois fait plus rare dans les médias, son nom étant davantage associé aux polémiques qu’aux sorties en salle. Entre accusations judiciaires, exil fiscal assumé et proximité affichée avec Vladimir Poutine, Gérard Depardieu a progressivement creusé un fossé avec une partie de l’opinion publique française. Un éloignement qui se traduit aussi dans son discours.
Déjà en 2013, celui qui se définit volontiers comme un « citoyen du monde » décrivait une France « triste », fatiguée, désabusée. Un sentiment qu’il n’a jamais vraiment démenti depuis. En 2020, invité de TF1 face à Audrey Crespo-Mara, l’acteur avait réaffirmé ce malaise profond, élargissant même son constat à l’ensemble du continent européen :
« Ça fait un bout de temps que le France est triste, tout comme l’Europe d’ailleurs. Les gens sont très tristes, d’ailleurs je ne les vois pas car je sors très peu d’ici. »
Derrière cette formule lapidaire, Gérard Depardieu semble pointer une perte d’élan et de liberté. Quelques années plus tôt, lors de la présentation d’un film en 2015, il s’était montré bien plus explicite sur ce qu’il reproche à son pays natal :
« La France risque risque de devenir un Disneyland pour les étrangers, peuplé d’imbéciles qui font du vin et du fromage qui pue pour les touristes. Il n’y a plus de liberté, les gens sont manipulés. »
Un discours brutal, à l’image du personnage, dans lequel l’interprète de Cyrano dénonce une société qu’il juge formatée, vidée de sa substance culturelle. Mais cette critique ne s’inscrit pas dans un rejet pur et simple de l’identité européenne. Au contraire, Gérard Depardieu oppose souvent la France à d’autres nations qu’il estime plus vivantes, à commencer par l’Italie :
« En Italie, heureusement, vous n’avez pas perdu votre culture et votre identité. Parce que vous êtes un pays jeune, né avec Garibaldi. Contrairement à la moitié de l’Europe qui, avec la peur des migrants, est devenue un peu fasciste. »
À travers ces déclarations, Gérard Depardieu esquisse le portrait d’une France qu’il juge repliée sur elle-même, gagnée par la peur et la mélancolie. Un regard sévère, nourri par des années de désillusion et d’exil, qui tranche avec l’amour que le public a longtemps porté à l’acteur.
Aujourd’hui âgé de 77 ans, Gérard Depardieu ne semble pas près d’adoucir son jugement. Fidèle à son franc-parler et à sa posture d’homme sans attaches, il continue d’observer la France à distance, sans chercher à se réconcilier avec un pays dont il ne reconnaît plus, selon lui, l’âme ni la liberté.
