Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Être la fille de Gérard Depardieu n’a jamais été simple. Mais dans le contexte actuel, marqué par une accumulation de scandales et d’affaires judiciaires, la position devient presque intenable. Rarement bavarde sur le sujet, Julie Depardieu a pourtant accepté de parler. Sans esquiver. Sans charger non plus. Et avec une franchise qui tranche.
Figure majeure du cinéma français depuis plus de cinquante ans, Gérard Depardieu traverse l’une des périodes les plus sombres de sa vie publique. En face, Julie Depardieu, comédienne reconnue et personnalité indépendante, se retrouve malgré elle renvoyée à cette figure paternelle écrasante. Une situation qu’elle n’a jamais choisie, mais qu’elle affronte aujourd’hui avec une lucidité désarmante.
Dans un entretien accordé à Ciné Télé Revue en mars 2025, l’actrice est revenue sur l’état moral de son père, évoquant un homme fragilisé par l’enchaînement des affaires, sans jamais nier la nécessité que la justice fasse son travail. Elle confiait alors :
« Comment va mon père ? Ça va moyen. Je lui ai envoyé : « T’as forcément fait une connerie, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Ils vont la retrouver, et tu paieras. Ça s’appelle les impôts ». Mais ça, plus ça, plus ça… nerveusement, c’est pas la grande forme.
Les scandales tu t’habitues un peu, à force. Après, je ne vais pas le diaboliser, je ne peux pas, c’est mon père. Ça a été compliqué, mais aujourd’hui, je n’ai pas énormément de choses à lui reprocher. Mais c’est sûr qu’il représente quelque chose à vivre d’assez violent. Je ne dis pas qu’il n’a rien fait, mais c’est comme une sorte de paratonnerre. Il prend tout, pour toute une génération. Il prend pour Bertrand Blier, pour tous les autres et tout ce qui a été fait avant lui. La rançon du succès, c’est dur. Il faut faire le dos rond et éclaircir la vérité. Je ne suis pas sûre qu’il ait fait tant d’abus que cela. Mais il faut laisser faire la justice »
Une prise de parole rare, qui refuse à la fois l’angélisme et la condamnation aveugle. Julie Depardieu y exprime un tiraillement constant : celui d’une fille attachée à son père, mais consciente que le lien affectif ne peut se substituer au droit.
Ce rapport complexe, elle l’avait déjà évoqué plus tôt dans sa vie. Au micro de France Inter, elle expliquait comment l’ombre médiatique de Gérard Depardieu avait pesé sur sa construction personnelle, jusque dans son rapport à son propre visage :
« J’en avais marre qu’on me parle sans arrêt de quelqu’un dont je n’étais pas responsable. Un type à poil dans ses films et bourré à la télé, je n’y étais pour rien… En même temps, j’admire son talent, son incroyable audace et j’espère qu’il est heureux »
À 52 ans, Julie Depardieu incarne une position rare dans le débat public : celle d’une parole nuancée, humaine, mais ferme sur les principes. Aimer un père sans l’absoudre. Refuser le lynchage sans nier les faits. Une ligne de crête inconfortable, mais assumée, à l’image d’une femme qui refuse les slogans au profit de la complexité.
