Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À 81 ans, Pierre Arditi continue de faire entendre sa voix, avec la même liberté de ton et le même sens critique qui ont jalonné toute sa carrière. L’acteur, passionné de théâtre et de culture, observe l’évolution de la société française avec une inquiétude grandissante, qu’il n’hésite plus à formuler publiquement, quitte à bousculer.
Habitué des prises de position tranchées, Pierre Arditi refuse pourtant de se voir comme un simple nostalgique. Toujours actif, encore très présent sur les planches et à l’écran, il considère l’engagement intellectuel comme une nécessité. Mais force est de constater que le regard qu’il porte aujourd’hui sur la France est teinté d’amertume, notamment sur la place accordée à la culture et à l’éducation.
Invité de l’émission En aparté sur Canal+, le comédien avait d’abord pris soin de contextualiser son propos, conscient de la portée de ses mots :
« C’est un discours de vieillard, hein, mais je deviens réac, finalement […] D’ailleurs, être réactionnaire, c’est simplement être en réaction contre les idées reçues ou les conventions, être réactionnaire, c’est essayer de continuer d’être révolutionnaire. »
Mais derrière cette mise en garde, Pierre Arditi a surtout exprimé une crainte profonde : celle d’un appauvrissement culturel progressif, qu’il juge déjà bien engagé. Sans détour, il poursuivait :
« Si vous voulez, bon, c’est pas très gentil ce que je vais dire, je ne l’assène pas à tout le monde, mais je pense, moi, qu’on est en train de créer des générations qui finiront par prendre un spot publicitaire pour une tragédie de Racine. Et je ne peux pas dire que ça m’enthousiasme. »
Pour l’acteur, cette dérive traduit un affaiblissement du rapport à la culture, à la langue et à la transmission, un constat qu’il juge d’autant plus préoccupant que plusieurs indicateurs européens pointent une baisse du niveau scolaire en France.
Ayant grandi dans une époque où le rayonnement culturel français faisait figure de référence, Pierre Arditi peine à accepter cette évolution. Son discours, parfois jugé sévère, reflète surtout une inquiétude sincère pour l’avenir du pays, nourrie par l’attente de réponses concrètes qui, selon lui, tardent encore à venir.
