Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Dans la filmographie monumentale de Philippe Noiret, L’Étoile du Nord occupe une place discrète. Adapté d’une œuvre de George Simenon, ce film d’atmosphère sorti en 1982 n’est pas celui que l’on associe spontanément à l’acteur. Et pour cause : Noiret gardera de ce tournage un souvenir mitigé, notamment en raison de sa collaboration avec Simone Signoret.
Au début des années 1980, Philippe Noiret est un comédien au sommet, réputé pour son professionnalisme et sa simplicité. Face à lui, Simone Signoret est déjà une légende du cinéma français, mais sa santé s’est fortement dégradée depuis 1981. Une fragilité physique qui pèsera sur le tournage et sur l’ambiance générale du film.
Dans Mémoire cavalière, son autobiographie, Noiret reviendra sans détour sur cette expérience, livrant un portrait très direct de sa partenaire avec laquelle, on le comprend aisément, il n’a pas forcément accroché. Ce rendez-vous manqué (ou presque), l’inoubliable interprète de René Boiron dans « Les Ripoux » le décrira ainsi :
« Simone était une charmeuse, et une emmerdeuse. Une fois le film terminé, j’avais l’impression d’être épuisé. Tout devait tourner autour de sa personne. Comme une enfant, elle avait besoin qu’on la regarde, qu’on soit suspendu à ses lèvres, à ses désirs. Ce n’était pas de la tarte la Simone en action. »
Une confession brute, qui ne remet pas en cause le talent de Simone Signoret, mais souligne une présence envahissante et une manière de travailler éprouvante pour son entourage. Peu de temps après le film, l’actrice subira une opération du foie, perdra progressivement la vue, avant de s’éteindre en septembre 1985 à seulement 64 ans.
Avec le recul, les mots de Philippe Noiret apparaissent moins comme une attaque que comme le constat lucide d’une collaboration difficile entre deux monuments du cinéma, aux tempéraments opposés. Une rencontre professionnelle marquée par la fatigue, la maladie… et une star qui, selon lui, avait besoin que tout gravite autour d’elle.
