Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Johnny Hallyday a longtemps incarné l’excès dans ce qu’il avait de plus flamboyant et de plus fascinant. Derrière la démesure du rockeur se cachait pourtant une réalité autrement plus sombre, marquée par de lourdes dépendances. Parmi elles, l’alcool a occupé une place centrale, au point de structurer une partie de son quotidien. Et parfois, l’idole se montrait d’une inventivité déroutante pour continuer à boire sans être démasqué.
Figure absolue de la chanson française, Johnny Hallyday a partagé pendant plus de vingt ans la vie de Laeticia Hallyday, son épouse et dernier grand amour. Un couple uni, mais confronté à de nombreuses tempêtes, notamment liées aux addictions du chanteur. Malgré les tentatives répétées de Laeticia pour l’aider à réduire sa consommation d’alcool, l’interprète de « Que je t’aime » n’est jamais parvenu à s’en détacher durablement, développant au fil du temps des comportements typiques de l’alcoolisme sévère.
Comme beaucoup de personnes dépendantes, le Taulier maîtrisait l’art du camouflage. Donner le change, rassurer son entourage, feindre la sobriété : tout devenait stratégie. Cette mécanique est racontée par le producteur Cyril Laffitau dans le livre « Laeticia, la vraie histoire », à travers une scène aussi révélatrice que troublante, survenue lors d’un simple déjeuner :
« Johnny me dit : ‘Moi, je ne bois plus d’alcool, que de l’eau’, et il se servait de l’eau. En même temps, il se levait tout le temps pour aller pisser. Ce jour-là, pendant ce déjeuner, il était particulièrement drôle. Laeticia a fini par dire : ‘Je ne comprends pas, il ne boit pas d’alcool et il a l’air complètement bourré !' »
Le producteur dévoile ensuite la vérité, aussi brutale qu’inattendue :
« En fait, il a bu une bouteille de vodka. Et nous, on croyait que c’était de l’eau !”
Derrière cette anecdote presque cocasse se dessine en réalité la violence d’une addiction profondément ancrée. Johnny Hallyday dissimulait sa consommation, profitant de la confiance de ses proches et multipliant les subterfuges pour continuer à boire en cachette. Une situation tristement familière pour l’entourage des personnes alcooliques, souvent impuissant face à une dépendance qui dépasse largement la simple question de la volonté.
Si le rockeur n’a finalement pas succombé à l’alcool mais au tabac, autre poison qui l’a accompagné toute sa vie, cet épisode rappelle à quel point Johnny Hallyday est resté prisonnier de ses excès. Une face plus tragique que légendaire de l’homme derrière l’icône, qui n’enlève rien à son aura, mais éclaire d’un jour plus humain ses zones d’ombre.
