Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Au printemps 1968, Johnny Hallyday entreprend une tournée africaine ambitieuse, avec l’objectif d’étendre encore un peu plus sa popularité hors d’Europe. De Dakar à Fort-Lamy, tout semblait se dérouler comme prévu… jusqu’à une étape explosive au Cameroun, qui va tourner court et provoquer son expulsion immédiate.
Débarqué à Yaoundé en mai 1968, le rockeur se retrouve au cœur d’un incident aussi soudain que retentissant. Selon des archives diplomatiques françaises citées dans l’ouvrage Kamerun, une altercation éclate dès son arrivée à l’hôtel de l’Indépendance. Un rapport adressé à Jacques Foccart évoque une rixe impliquant le chanteur, alors décrit comme ivre, et un ministre centrafricain présent sur place.
Expulsé dans la foulée et contraint d’annuler son concert, Johnny Hallyday livre toutefois une version très différente des faits à son retour, lors d’une déclaration à l’AFP. Pour lui, tout serait parti d’une simple provocation liée à son apparence :
« Un type que je ne pouvais évidemment pas connaître a dit des choses désagréables à notre sujet, notamment parce que nous avons des cheveux longs. Il y avait beaucoup de monde autour de nous et j’étais pressé de prendre ma clé pour gagner ma chambre. Le type en question semblait pressé également. Il m’a bousculé. J’ai protesté. Il m’a empoigné en déchirant mon polo et en cassant la chaîne que je porte autour du cou. »
Malgré cette expulsion expéditive, l’artiste se montre étonnamment apaisé lorsqu’il évoque la population locale, refusant tout amalgame :
« Le peuple camerounais ? Je ne leur en voudrai pas. »
L’épisode ne sera pourtant pas totalement refermé. En 1969, le président camerounais Ahmadou Ahidjo revient publiquement sur cette affaire, dénonçant plus largement la culture yéyé incarnée par Johnny Hallyday, jugée incompatible avec les valeurs qu’il souhaite promouvoir pour la jeunesse du pays.
Avec le recul, cette expulsion du Cameroun reste l’un des épisodes les plus inattendus de la carrière du Taulier. Un mélange de choc culturel, de tensions politiques et d’incompréhension mutuelle, qui a laissé une trace durable dans l’histoire du chanteur comme dans celle du Cameroun.
