Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Discret mais réfléchi, Calogero n’a jamais cherché à multiplier les prises de position publiques. Pourtant, lorsqu’il décide de s’exprimer, le chanteur le fait avec clarté. Récemment, l’artiste est revenu sur une question qui lui est souvent adressée par son public. Et sa réponse, assumée, l’éloigne nettement de certaines figures mythiques de la chanson française.
Chanteur populaire depuis plus de vingt ans, Calogero s’est imposé comme une valeur sûre de la scène française, porté par des titres sensibles et introspectifs. Figure incontournable de la chanson française contemporaine, l’interprète de En apesanteur a toujours privilégié l’émotion et l’intime à la confrontation idéologique. Une posture qui tranche avec celle de Daniel Balavoine, dont l’engagement politique demeure indissociable de l’héritage artistique.
Dans les années 1980, Daniel Balavoine incarnait en effet une parole frontale, parfois abrasive, n’hésitant pas à interpeller directement le pouvoir. Une attitude devenue emblématique, notamment à travers sa célèbre intervention face à François Mitterrand à la télévision. Une séquence restée culte, qui a contribué à forger la légende d’un artiste prêt à risquer sa carrière pour défendre ses convictions. Un modèle que Calogero respecte, mais auquel il ne s’identifie pas.
Invité récemment au micro de LCP, Calogero a tenu à clarifier sa position face aux attentes récurrentes d’un engagement politique plus marqué. Une mise au point sans détour, dans laquelle il explique pourquoi il refuse de suivre cette voie :
« On m’a souvent dit : Mais pourquoi tu ne t’engages pas plus ? Pourquoi tu ne fais pas comme Daniel Balavoine sur un plateau, affronter un homme politique ? On est tous différents. Moi, je considère que ce n’est pas parce que j’ai eu du succès avec mes chansons que je dois donner des conseils politiques à mon public. »
L’artiste d’origine italienne poursuit en évoquant son parcours personnel et son rapport au monde du travail, loin des privilèges que certains associent à la célébrité. Toujours sur LCP, il insistait :
« Quand on devient un chanteur à succès, on a la chance de pouvoir se lever à l’heure qu’on veut. Moi, je sais ce que c’est que de se lever à 7 heures du matin… J’ai fait plein de petits boulots et je suis fils d’ouvrier donc ce n’est pas parce que je suis chanteur que je vais dire : ‘toi vote pour untel, toi vote pour untel’. »
Par ces propos, Calogero ne remet pas en cause l’importance de la parole engagée dans l’histoire de la chanson française. Il affirme simplement une autre conception du rôle de l’artiste, estimant que la notoriété n’accorde ni légitimité politique automatique, ni autorité morale sur le vote des citoyens. Une position qui le distingue non seulement de Daniel Balavoine, mais aussi de nombreuses stars contemporaines promptes à donner des consignes.
Sans renier l’héritage des grandes voix engagées, Calogero revendique ainsi une forme de retenue. Pour lui, la musique peut rester un refuge, un espace de partage et d’émotion, libéré des injonctions politiques. Une ligne de conduite cohérente, fidèle à son parcours et à sa vision du métier.
