Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
Le débat autour d’un éventuel affrontement USA contre le reste du monde a pris une tournure inattendue. Kevin Durant a récemment contesté l’idée selon laquelle les joueurs internationaux auraient “pris le contrôle” de la ligue, estimant que ce discours contenait des sous-entendus visant les joueurs afro-américains qui ont longtemps incarné la NBA.
Cette lecture n’a pas convaincu tout le monde. Pour Jay Williams, la discussion portait d’abord sur les systèmes de formation et l’évolution du jeu, pas sur une question raciale. L’analyste d’ESPN considère que déplacer le débat sur ce terrain brouille le message initial.
Williams l’a dit clairement : « Le premier argument concernait le basket AAU, ce qui est totalement différent d’une question liée aux Noirs américains. » Il a poursuivi : « Quand vous amenez la race dans quelque chose comme ça, ça détourne la conversation et ça enlève le point de départ. Ça m’a donné l’impression d’une mentalité de victimisation raciale, et ça m’a un peu inquiété. Critiquer un système de développement, ce n’est pas critiquer une race. »
Formation, philosophie et perception
Au cœur du désaccord se trouve une différence d’approche. Beaucoup estiment que les programmes européens mettent davantage l’accent sur la lecture du jeu, la discipline tactique et les fondamentaux collectifs, tandis que le circuit américain valorise plus tôt l’explosivité et l’expression individuelle. Deux écoles distinctes.
Des stars comme Nikola Jokic, Luka Doncic ou Victor Wembanyama illustrent cette tendance : capacité à contrôler le tempo, compréhension fine des espaces, polyvalence technique. Pour Williams, souligner cette évolution ne signifie pas diminuer l’héritage des joueurs américains.
Il a également évoqué l’attitude de Kobe Bryant face à la montée du basket international. « Kobe disait littéralement : ‘Les Européens apprennent à jouer correctement. Ils apprennent les fondamentaux, les espaces, le jeu de pieds et comment lire le terrain. Aux États-Unis, on enseigne d’abord l’athlétisme ; là-bas, on enseigne d’abord la technique et le QI basket.’ Kobe n’a jamais transformé ça en débat racial. »
Le débat reste ouvert. Entre évolution tactique, mondialisation du talent et sensibilité identitaire, la NBA continue de refléter des enjeux qui dépassent le simple jeu. Reste à voir si Kevin Durant choisira de répondre ou laissera la conversation revenir à son point de départ : le basket lui-même.
