Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Entre générations et univers musicaux opposés, Michel Sardou et Louane n’étaient pas destinés à se croiser. Pourtant, leurs trajectoires se sont rejointes au milieu des années 2010 autour d’un film à succès. Une collaboration indirecte qui a rapidement tourné à l’incompréhension, donnant lieu à une sortie aussi sèche que mémorable de la part du chanteur.
Figure incontournable de la variété française, Michel Sardou a vu l’une de ses chansons emblématiques, « Je vole », revenir sur le devant de la scène grâce au film « La famille Bélier », sorti en 2014. Porté par Louane, révélée dans The Voice, le long-métrage rencontre un immense succès avec plus de sept millions d’entrées. Ce titre, central dans l’histoire, contribue largement à l’émotion du film et participe à relancer le répertoire du chanteur auprès d’un public plus jeune.
Mais l’année suivante, alors que Louane est en pleine ascension médiatique, une polémique inattendue éclate. La jeune artiste qualifie d’abord la chanson de « ringarde », avant d’expliquer qu’elle ne la chante plus sur scène, évoquant une interdiction supposée de Michel Sardou. Une version qui fait rapidement réagir le principal intéressé, au micro d’Europe 1, avec son franc-parler habituel :
« Elle dit des conneries cette petite. C’est sa promotion… En fait, je me suis renseigné. Parce que je me suis dit : « Mais attends, tu joues contre le film ». Parce que si tu n’aimes pas la chanson, tu le dis carrément…ou tu ne le dis pas d’ailleurs. Le film a fait 7,5 millions d’entrées, on ferme sa gueule, on est content, on dit « merci mon dieu » parce que ce n’est quand même pas « Jurassic World », c’est un petit film gentil, sympathique…
Je n’ai jamais interdit à Louane d’interpréter « Je vole ». Mais, en fait, elle n’est pas très maligne. On va dire ce qui est. Sa promotion lui dit : « Ce soir tu ne chantes pas « Je vole » ou je ne sais pas quoi ». Donc elle dit : « J’ai pas le droit ». Mais ce n’est pas moi ! J’ai donné mon autorisation. A partir du moment où j’ai donné mon autorisation, je m’en fous, elle chante ce qu’elle veut ! »
Des propos tranchants, à l’image de l’interprète des « Lacs du Connemara », qui n’avaient pas manqué de faire réagir à l’époque. De son côté, Louane avait choisi de ne pas répondre publiquement, préférant laisser la polémique s’éteindre d’elle-même. Avec le recul, cet épisode n’a pas altéré le regard de Michel Sardou sur le film, ni sur l’impact qu’il a eu sur son œuvre. Toujours avec une pointe d’ironie, il s’en amusait même :
« J’ai trouvé ça très mignon. Je fais la promotion d’un film où je ne suis pas, aucun acteur au monde ne l’a fait encore ! »
Ce moment illustre surtout le choc entre deux générations et deux façons de communiquer dans le monde artistique. D’un côté, une jeune artiste encore en apprentissage médiatique ; de l’autre, un monument habitué aux déclarations sans filtre. Une rencontre explosive qui rappelle qu’en musique, les malentendus peuvent parfois faire autant de bruit que les succès.
