Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Figure emblématique du rock français, Louis Bertignac continue d’incarner une époque devenue culte. Si sa carrière solo s’inscrit dans la durée, ce sont surtout les années Téléphone qui nourrissent encore aujourd’hui l’imaginaire collectif. Entre amitié fusionnelle, excès et passion brute pour la musique, certaines anecdotes racontent à elles seules l’intensité de cette jeunesse. Et l’une d’elles concerne directement Jean-Louis Aubert.
Groupe phare des années 1970 et 1980, Téléphone s’est imposé comme une référence incontournable du rock hexagonal. Fondé par Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, Corine Marienneau et Richard Kolinka, le quatuor a enchaîné les succès et marqué durablement plusieurs générations. Au cœur de cette dynamique, la relation entre Aubert et Bertignac a toujours été centrale, tant sur le plan artistique que personnel, bien avant la notoriété et les grandes scènes.
Reconnu comme l’un des guitaristes majeurs de sa génération, Louis Bertignac n’a jamais caché la proximité qui le liait à son complice de toujours. Une relation construite très tôt, à une époque où les deux musiciens vivaient quasiment en symbiose, partageant leur quotidien, leurs influences et leur obsession pour la musique, souvent loin du regard des autres.
Invité du podcast Addiktion animé par Laurent Karila, Louis Bertignac est revenu sur ces années fondatrices, dévoilant une anecdote aussi insolite que révélatrice de leur passion :
« Il y a eu pas mal d’histoire avec Jean-Louis et la 4L que j’avais (rires). On traînait beaucoup ensemble, et presque tous les soirs, vu qu’on adorait jouer et que les voisins n’aimaient pas qu’on joue, on se barrait avec la 4L, on allait dans le Bois de Boulogne, on se trouvait un coin tranquille, et on se mettait à jouer. C’était une fourgonnette, on jouait à l’arrière, et personne ne venait nous emmerder. »
Des souvenirs d’insouciance qui contrastent avec une autre réalité du groupe, plus sombre. Comme beaucoup de formations rock de l’époque, Téléphone n’a pas échappé aux excès, notamment liés à la drogue. Sur ce sujet, Louis Bertignac s’est toujours montré transparent, assumant son passé tout en évoquant les limites qu’il s’imposait :
« Quand j’étais avec Téléphone, l’époque où j’étais vraiment dans l’héroïne, je n’allais jamais répéter défoncé. Et quand je partais en tournée, c’était justement la décroche. Je ne consommais jamais pendant les tournées, même en after. Pas du tout. Je re-consommais quand la tournée se terminait et que je rentrais à Paris, sinon jamais. »
Le guitariste a également décrit les effets physiques de ces périodes de sevrage temporaire, tout en précisant les substances qu’il considérait comme compatibles avec la scène :
« Pendant Téléphone, chaque départ en tournée était une occasion de décrocher. Pendant les deux ou trois premiers concerts, je suais beaucoup, et j’étais un peu fébrile. Mais après, ça partait, et j’avais décroché. Je gardais quand même le tabac et le cannabis. Le cannabis, ça ne me dérangeait pas de jouer sous ça. De toute façon ça m’a jamais fait grand chose, c’était une habitude, comme le tabac. »
Aujourd’hui, Louis Bertignac assure n’avoir conservé qu’une seule addiction : la cigarette. Avec le recul, il évoque cette période avec lucidité, mais aussi une certaine tendresse. Car au-delà des excès et des clichés du rock, ce sont surtout les liens humains qui demeurent, à commencer par celui qui l’unit à Jean-Louis Aubert. Des nuits improvisées dans une 4L au Bois de Boulogne aux plus grandes scènes, leur histoire reste l’un des piliers majeurs du rock français.
