Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Discret mais redoutablement exigeant, Michel Berger a laissé une empreinte indélébile dans la chanson française. Plus de trente ans après sa disparition, certains aspects méconnus de sa personnalité continuent d’émerger. À l’occasion du retour sur le devant de la scène de l’un de ses projets les plus emblématiques, une exigence très particulière de l’artiste refait surface.
Figure centrale de la musique française des années 1970 et 1980, Michel Berger s’est illustré comme compositeur, interprète et producteur de talent. Mari de France Gall, il a façonné une œuvre à la fois populaire et ambitieuse, marquée par une rigueur artistique constante. Cette exigence se retrouve pleinement dans Starmania, créé avec Luc Plamondon, et souvent considéré comme l’un des projets les plus audacieux de sa carrière.
À sa création à la fin des années 1970, Starmania bouleverse les codes du spectacle musical en France. Bien avant la vague des grandes productions populaires comme Les Dix Commandements ou Notre-Dame de Paris, l’œuvre propose un univers sombre, politique et résolument moderne. Récemment remise au goût du jour, elle témoigne encore aujourd’hui de l’avance artistique de son créateur.
Invité en 2023 dans l’émission Télématin, le metteur en scène Thomas Jolly est revenu sur la genèse de ce projet hors norme, insistant sur son caractère novateur :
« C’est une bande de trentenaires qui a envie d’inventer quelque chose de nouveau, qui n’existait pas. On a eu, depuis, plein de comédies musicales, Les Dix Commandements, Notre Dame de Paris, Roméo et Juliette, etc. Mais, à l’époque, en France, ce n’est pas du tout un genre en vogue. »
Au-delà de la forme, le fond même de Starmania participait à cette rupture, comme il l’a également rappelé :
« L’histoire, le fond, peu de gens la connaissent. Par exemple dans le spectacle, Starmania, c’est le nom d’une émission de télévision, pour devenir une star, comme beaucoup d’autres programmes qui existent, un peu comme la Star Academy, mais en 1978, du coup ! »
Mais ce qui agace particulièrement Michel Berger à l’époque tient à un détail en apparence anodin : la manière dont son œuvre est qualifiée. Perfectionniste et attaché au sens des mots, il refuse catégoriquement une expression pourtant largement répandue. Thomas Jolly l’a rappelé sans détour :
« D’ailleurs, Michel Berger ne voulait pas qu’on dise de Starmania que c’était une comédie musicale, il préférait spectacle musical. »
Pour Michel Berger, ce choix lexical n’a rien d’anodin. Refuser l’étiquette de « comédie musicale », c’est affirmer une vision artistique exigeante, loin des clichés et du simple divertissement. Une précision qui en dit long sur son rapport à la création, et qui contribue encore aujourd’hui à la singularité intacte de Starmania.
