Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Certaines chansons marquent leur époque, parfois malgré elles. Derrière des paroles jugées anodines au moment de leur sortie, se cachent parfois des représentations qui, avec le recul, interrogent profondément. C’est ce décalage que Sophie Marceau a ressenti de plein fouet, face à un titre devenu aussi célèbre que dérangeant.
Figure incontournable du star system français, Sophie Marceau et Julien Clerc occupaient dans les années 1980 et 1990 une place centrale dans le paysage culturel. L’actrice incarnait alors une féminité largement exposée et commentée, tandis que le chanteur enchaînait les succès populaires comme il l’a fait durant de longues décennies.
Mais en 1997, la sortie du titre « Assez », assez allait pourtant créer un malaise inattendu, en raison d’un passage évoquant directement le corps de la comédienne, sans qu’elle n’ait été associée à la démarche. Dans ce morceau, devenu célèbre, certaines paroles ont particulièrement retenu l’attention :
« Faut des ronds, faut des courbes,
Des marchands d’marrons, rue Lecourbe.
Faut des ballons, des cerceaux
Et les seins de Sophie Marceau.
Assez, assez, assez, assez. »
Avec le recul, ce passage a été perçu comme une intrusion dans l’intimité de l’actrice, transformant une partie de son corps en élément de refrain. Une exposition que Sophie Marceau a très mal vécue, comme elle le confiait quelques années plus tard dans les colonnes du magazine Elle :
« J’ai été atrocement gênée par ce disque. Quand je l’ai reçu chez moi, je l’ai caché. J’avais peur que mon entourage tombe dessus. J’étais mal, comme si j’avais fait une bêtise. Comme si je montrais mes seins à la radio. »
L’actrice allait encore plus loin en décrivant un profond sentiment de malaise face à cette situation, évoquant une forme de dépossession :
« Les seins, c’est intime, c’est érotique, sexuel. Je me suis sentie dévêtue. »
À l’époque, la réaction de Julien Clerc n’avait pas contribué à apaiser les tensions. Invité sur un plateau télévisé, l’interprète avait choisi de défendre son texte, le présentant comme une image poétique, sans intention malveillante :
« C’était une chanson sur tout ce qui fait mal, qui pique, qui coupe… Et en face, on disait qu’il fallait des choses rondes. La chute, c’était les seins de Sophie Marceau. Moi, je trouvais ça mignon. »
Un discours qui, avec le recul, apparaît en décalage avec les sensibilités actuelles. Les débats autour du consentement, de l’objectification et du respect de l’intimité ont depuis profondément évolué, modifiant le regard porté sur ce type de propos.
Des années plus tard, Julien Clerc lui-même a reconnu ce changement de perspective. Invité sur RTL en mai 2025, le chanteur a admis que cette chanson ne verrait plus le jour aujourd’hui :
« Elle l’avait très mal pris, et je pense qu’elle avait raison. Aujourd’hui, on ne l’écrirait plus. Le monde a changé, et c’est tant mieux. Si je la rencontre un jour, je m’excuserai sans doute. C’est quelque chose qu’on ne ferait plus de nos jours. »
Au fil des années, cet épisode a dépassé le simple cadre artistique pour devenir révélateur d’une évolution des mentalités. Sans jamais chercher à en faire un scandale, Sophie Marceau a surtout tenu à rappeler une chose essentielle : son corps ne regardait qu’elle, et personne d’autre.
