Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Icône absolue de la chanson et du cinéma français, Jane Birkin a partagé avec Serge Gainsbourg l’une des histoires d’amour les plus mythiques de la culture populaire. Une relation faite d’intensité, de chaos créatif et de passion, née au début des années 1970. Et derrière la légende, la Britannique a raconté sans détour ce tout premier moment passé ensemble, celui d’une nuit fondatrice mais totalement inattendue. Une séquence devenue presque aussi célèbre que leur romance elle-même.
Figure majeure de la scène artistique franco-britannique, Jane Birkin a longtemps incarné une certaine idée de la liberté, autant dans sa carrière que dans sa vie sentimentale. Sa rencontre avec Serge Gainsbourg sur le tournage du film Slogan marque un basculement décisif. L’artiste française d’adoption découvre alors un homme à la réputation déjà sulfureuse, dont l’attitude sur les plateaux intrigue autant qu’elle déroute. Une soirée organisée pour briser la glace va pourtant tout changer entre eux.
Invitée à revenir sur ce moment au Monde, Jane Birkin se remémore d’abord une soirée totalement hors norme, où l’univers de Serge Gainsbourg se dévoile peu à peu. Elle raconte ainsi :
« J’ai entraîné Serge, qui protestait, sur la piste de danse, pour un slow, et il m’a marché sur les pieds. Divin ! Tout d’un coup, j’ai compris que cette arrogance était de la timidité, j’ai saisi la complexité de son caractère. Finalement c’était un chou. Drôle, charmant, prévenant. »
Dans la même nuit, la sortie prend des allures de traversée nocturne de Paris, entre lieux atypiques et scènes surréalistes. Jane Birkin poursuit son récit :
« La soirée a été historique. Il m’a embarquée chez Raspoutine, un restaurant avec des musiciens russes comme lui. Au moment de remonter dans le taxi, ils ont joué sur le trottoir la “Valse triste” de Sibelius, et Serge glissait des biftons de 100 francs dans les violons. On est allés dans un endroit avec des musiciens d’Amérique du Sud. On a fini aux Halles. Les bouchers trinquaient au champagne avec lui. J’ai vu qu’il était aimé. »
Peu à peu, l’actrice britannique comprend qu’elle est en train de vivre un moment charnière. Ce qu’elle pensait être une simple rencontre professionnelle se transforme en évidence sentimentale. Elle se souvient alors de sa décision de suivre Serge Gainsbourg, sans détour :
« Je ne savais pas encore que Serge était un poète mais, en une seule soirée, le personnage avait radicalement changé et j’étais tombée amoureuse de lui. Il m’a demandé : “Je vous dépose chez vous ?” Et moi, avec un culot immense, j’ai répondu “non”. Je suis partie à l’hôtel avec cet individu. »
Mais la fameuse première nuit ne correspond pas à l’image romanesque que l’on pourrait imaginer. Une fois arrivés à l’hôtel, un détail vient même troubler Jane Birkin. Elle raconte :
« Au Hilton, le réceptionniste lui a demandé s’il voulait “la même chambre que d’ordinaire”. Je me suis dit : “Merde, merde, merde !” Mais, en arrivant dans sa chambre, le temps que je passe à la salle de bains, il s’était endormi. »
Contre toute attente, rien ne se passe comme prévu. Et pourtant, c’est précisément ce moment suspendu qui scelle le début de leur histoire. Loin de la déception, Jane Birkin choisit un geste empreint de douceur et d’instinct. Elle poursuit :
« Je suis sortie, j’ai acheté au drugstore le disque sur lequel on avait dansé toute la soirée, je lui ai déposé entre les doigts de pied, et je suis repartie. J’étais au petit bonheur. Il m’avait fait sentir que j’étais de nouveau désirable, moi qui pensais que tout était perdu. »
Cette première nuit sans passion physique immédiate devient pourtant le point de départ d’un lien hors norme. Entre Jane Birkin et Serge Gainsbourg, une histoire unique s’installe alors, mêlant amour, création et excès. Une relation née dans la surprise, et entrée depuis dans la légende de la chanson française.
