Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Derrière l’image fédératrice et généreuse de Johnny Hallyday, se cachait aussi un homme de caractère, capable de nourrir des inimitiés tenaces. Si le rockeur a su s’entourer d’amis fidèles tout au long de sa carrière, certaines rivalités ont marqué son parcours, alimentées par des différences de tempérament et des visions opposées du métier. Et selon un proche, deux figures majeures de la chanson française faisaient clairement partie de celles qu’il ne supportait pas.
Icône absolue de la musique hexagonale, Johnny Hallyday a traversé les décennies en imposant son style, son charisme et une forme de liberté qui lui était propre. Mais derrière cette aura, l’homme restait entier, parfois tranchant dans ses jugements.
C’est ce que raconte Sacha Rhoul, son chauffeur et homme de confiance pendant près de vingt ans, dans son ouvrage consacré aux coulisses de la vie du Taulier. Dans ce livre, il évoque sans détour les deux artistes qui cristallisaient le plus d’animosité chez le chanteur :
« Les deux mecs que Johnny n’aimait pas, c’est Claude François et Dick Rivers, car il les trouvait inhumains avec leur entourage. »
Si Dick Rivers faisait déjà partie des figures avec lesquelles les relations étaient tendues, c’est surtout la rivalité avec Claude François qui a marqué les esprits. Entre compétition artistique, histoires sentimentales et opposition de styles, les tensions entre les deux stars semblaient constantes, presque inévitables.
Toujours selon Sacha Rhoul, cette animosité dépassait parfois le simple cadre professionnel :
« Quand Johnny Hallyday était fatigué, il voulait lui casser la figure. C’est parti d’une histoire de femmes. Mais surtout il ne l’aimait pas parce qu’il insultait ses musiciens et ses techniciens et les insultait en public. »
Une hostilité telle que Claude François aurait pris des précautions étonnantes pour éviter toute confrontation :
« Lui était aux antipodes de ça. Pendant deux ans, Claude François envoyait son assistant que l’on surnommait “le Poisson pilote” dans les restaurants parisiens pour être sûr que Johnny Hallyday n’y soit pas ! »
Cette rivalité était d’ailleurs nourrie par un sentiment de comparaison permanent. Un ancien collaborateur de Claude François rapportait ainsi ses propres frustrations face au succès de Johnny :
« Tu te rends compte, il peut s’habiller n’importe comment et faire n’importe quoi, tout le monde trouve ça bien. Tandis que moi, je dois faire sans cesse des efforts ! »
De son côté, Johnny Hallyday assumait pleinement cette opposition, allant jusqu’à régler ses comptes avec une certaine ironie dans son autobiographie :
« Il bossait dix fois plus que moi. Mais il n’arrivait jamais à faire ce que je faisais. Ça le rendait jaloux. Il draguait mes nanas et, en désespoir de cause, il se tapait mes ex. C’était le circuit, tu savais que si tu sortais avec moi, tu pouvais ensuite te faire Cloclo… »
Avant de conclure, lucide sur cette rivalité qui aura traversé les années :
« Je pense qu’il avait installé cette rivalité parce que ça le poussait à se surpasser. Moi, je lui disais toujours de se calmer, on ne faisait pas la même musique. Sois cool, je vais pas chanter avec des Claudettes et toi tu ne vas pas porter du cuir… C’était plus fort que lui, il voulait être le premier. Mais en définitive, il restait numéro deux. »
Ces confidences rappellent que même les plus grandes icônes n’échappent pas aux tensions et aux conflits d’ego. Chez Johnny Hallyday, cette franchise faisait partie intégrante du personnage, révélant un homme aussi loyal en amitié qu’intransigeant dans ses inimitiés.
