Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Provocation, scandales et phrases chocs ont longtemps accompagné l’image de Serge Gainsbourg. Génie musical pour les uns, personnage profondément dérangeant pour les autres, l’artiste n’a jamais cessé de jouer avec les limites du tolérable. Mais certaines de ses déclarations, remises en lumière des années après sa disparition, continuent aujourd’hui de susciter un véritable malaise.
Figure incontournable de la chanson française, Serge Gainsbourg a marqué plusieurs générations grâce à une œuvre immense et un style immédiatement reconnaissable. Auteur-compositeur adulé, l’homme à la tête de chou s’est également construit une réputation de provocateur permanent, multipliant les sorties controversées à la télévision comme dans la presse. Dans les dernières années de sa vie, marquées par les excès et une image de plus en plus sombre, le chanteur brouillait souvent la frontière entre provocation artistique et convictions personnelles.
Parmi les nombreuses déclarations attribuées à l’interprète de Je t’aime… moi non plus, certaines continuent de choquer bien au-delà du simple goût du scandale. En 2021, Jane Birkin, qui a partagé une grande partie de sa vie avec Serge Gainsbourg et donné naissance à Charlotte Gainsbourg, revenait notamment sur un aspect plus ambigu de sa personnalité lors d’un entretien autour du livre Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui d’Arthur Dreyfus.
La chanteuse britannique déclarait alors :
« Serge aimait toujours les garçons qui chantaient dans les chorales… Il aimait les garçons, d’ailleurs, donc c’est un côté de lui ambigu. Il était probablement bisexuel. »
Au fil des années, plusieurs phrases attribuées à Serge Gainsbourg ont également alimenté les débats autour de ses provocations répétées. Parmi elles, une citation rapportée par Arthur Dreyfus a particulièrement retenu l’attention :
« Les femmes ? Une façon élégante de ne pas tomber dans la pédérastie. »
Mais c’est surtout un échange télévisé avec Thierry Ardisson qui reste aujourd’hui l’un des moments les plus troublants associés au chanteur. Fidèle à son goût pour les déclarations choquantes, Serge Gainsbourg avait alors répondu sans détour aux questions de l’animateur. Face aux caméras, l’échange se déroulait ainsi :
Ardisson : « Et si tu étais une perversion, tu serais quoi ? Je sais pas, tu serais pédéraste ? »
Gainsbourg : « Oh j’y ai pensé, c’est pas une perversion ».
Ardisson : « T’as essayé, non ? »
Gainsbourg : « Faut pas mourir idiot »
Des propos qui apparaissent aujourd’hui particulièrement dérangeants et qui illustrent le climat médiatique d’une époque où certaines provocations passaient encore à l’antenne sans provoquer les réactions immédiates qu’elles susciteraient désormais. Chez Serge Gainsbourg, le scandale faisait partie intégrante du personnage, quitte à dépasser largement les limites du simple jeu médiatique…
Malgré ces zones d’ombre et ces déclarations controversées, l’influence artistique de Serge Gainsbourg demeure immense dans la chanson française. Mais avec le recul, certaines paroles rappellent aussi combien il est nécessaire de regarder les figures du passé avec lucidité, sans occulter les aspects les plus problématiques de leur héritage public.
