Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Près de deux ans après sa disparition, Françoise Hardy continue de susciter une vive émotion dans le monde de la chanson française. L’artiste, qui a marqué plusieurs générations avec sa voix singulière et ses textes sensibles, a laissé une empreinte durable auprès de ses proches comme de ses admirateurs. Parmi ceux qui l’ont côtoyée de près, Julien Clerc garde le souvenir d’une femme aussi exigeante qu’attachante.
Figure majeure de la variété française, Julien Clerc a partagé avec Françoise Hardy bien plus qu’une simple proximité artistique. Les deux chanteurs se sont croisés à de nombreuses reprises au fil de leurs carrières respectives, développant une relation faite d’estime mutuelle et de franchise. Derrière l’image parfois réservée de l’interprète de Tous les garçons et les filles, le chanteur dit avoir découvert une personnalité complexe, perfectionniste mais aussi dotée d’un humour souvent méconnu du grand public.
Dans un entretien accordé à Paris Match, Julien Clerc est revenu sur plusieurs souvenirs marquants partagés avec la mère de Thomas Dutronc. Il évoque notamment un concert organisé en 1997, qui illustrait parfaitement le niveau d’exigence que Françoise Hardy s’imposait à elle-même :
« Après le concert en 1997, elle n’était pas contente d’elle, comme toujours, d’une exigence folle avec elle-même. Mais elle m’a juré après coup qu’on ne l’y reprendrait plus. »
Le chanteur garde également en mémoire une séance d’enregistrement particulièrement singulière, plusieurs années plus tard. Une expérience qui l’avait profondément marqué :
« En 2014, elle ne voulait pas que je la voie. Elle avait installé des paravents, éteint toutes les lumières, seule une petite lampe éclairait le texte. J’ai été saisi par la pureté de sa voix. À 70 ans, c’était exactement la même qu’à ses débuts. »
Malgré son immense carrière et la reconnaissance du public, Françoise Hardy ne cessait jamais de remettre son travail en question. Un trait de caractère qui pouvait parfois surprendre ceux qui l’entouraient. À ce sujet, Julien Clerc expliquait :
« Elle n’était jamais satisfaite, mais très directe. Et c’était tout à son honneur. Même si sur le moment elle pouvait sembler dure, on rigolait énormément tous les deux. Je crois qu’elle aimerait qu’on se souvienne d’elle comme quelqu’un de très drôle. »
Cette franchise légendaire ne l’a d’ailleurs jamais quittée. Même dans les dernières années de sa vie, la chanteuse conservait son regard critique et son honnêteté parfois déconcertante :
« Je lui ai envoyé une musique il y a quelques mois pour voir si elle voulait écrire un texte dessus. Elle m’a répondu qu’elle la trouvait nulle (rires). »
Mais c’est surtout le récit de ses derniers instants qui a profondément touché Julien Clerc. Quelques heures après sa disparition, un proche commun lui a raconté comment Françoise Hardy avait quitté ce monde. Toujours auprès de Paris Match, il révélait :
« Quand Marco, notre attaché de presse commun, m’a appelé pour m’annoncer qu’elle était partie, il m’a raconté qu’elle s’était éteinte en musique. J’ai trouvé ça très touchant qu’elle ait été entourée par ce qui a été le moteur de sa vie extraordinaire. »
À travers ces confidences, Julien Clerc dessine le portrait d’une artiste fidèle à elle-même jusqu’au bout. Exigeante, libre, parfois sévère mais profondément sincère, Françoise Hardy aura marqué ceux qui l’ont connue autant par sa personnalité que par son œuvre. Et pour le chanteur, savoir qu’elle s’est éteinte entourée de musique apparaît aujourd’hui comme une forme de conclusion naturelle à une vie entièrement consacrée à son art.
