Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À 65 ans, Stephan Eicher continue de cultiver une parole libre, loin des discours convenus. Le chanteur suisse, qui a longtemps vécu en France, entretient avec l’Hexagone une relation faite d’attachement, d’admiration, mais aussi d’un regard critique assumé. Lorsqu’il évoque les Français, l’artiste n’hésite jamais à dire ce qu’il pense, avec une franchise qui ne laisse personne indifférent. Une prise de parole qui révèle surtout l’affection profonde qu’il porte à son pays d’adoption.
Figure incontournable de la chanson francophone, Stephan Eicher s’est imposé au fil des décennies comme un artiste à part. Révélé auprès du grand public à la fin des années 1980 grâce au titre « Déjeuner en paix », le musicien helvétique a construit une carrière singulière en naviguant entre plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs pays. Installé pendant de nombreuses années en France, notamment en Camargue puis en Bretagne, il a appris à connaître les Français de l’intérieur, développant au fil du temps une vision très personnelle de leur rapport à leur territoire.
Cette proximité avec la France lui a permis de forger un regard à la fois bienveillant et lucide. Loin de se limiter à une simple observation extérieure, le chanteur estime que les Français ne réalisent pas toujours la richesse exceptionnelle de leur patrimoine naturel, culturel et gastronomique. Une conviction qu’il avait développée au cours d’un entretien accordé à France Bleu :
« Vous n’êtes pas conscients de la beauté de votre pays. De temps en temps, vous êtes là en râlant, pour des bonnes raisons. Vous faites des grèves et tout ça, mais… Qu’est-ce que vous avez fait avec Dieu ? Il vous a donné les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, la Méditerranée, l’Atlantique, la mer du Nord. Si vous prenez le TGV de Montpellier jusqu’à Lille, il y a seulement des pâturages sublimes.
Après votre travail, c’est quoi ? C’est faire du vin, du champagne, une cuisine incroyable, la mode, les accessoires, le luxe. Vous êtes gâtés, les gars. Faites un peu plus attention à votre pays parce que, en Suisse, on n’a pas de place. Il y a des lacs et des montagnes et une banque qui est fermée maintenant. »
Derrière cette sortie sans détour, Stephan Eicher exprimait avant tout une véritable fascination pour les paysages français et la diversité des régions qu’il a eu l’occasion de découvrir au fil de sa vie. Celui qui partage son existence entre plusieurs horizons n’a d’ailleurs jamais caché l’importance qu’a eue la Camargue dans son parcours personnel. Toujours auprès de France Bleu, le chanteur évoquait avec émotion cette période de sa vie passée dans le sud de la France :
« J’adore la nature, j’adore la Camargue, j’adore la lumière, j’adore que les gens m’aient accepté comme j’étais, on m’a foutu la paix et j’ai payé pendant douze ans les impôts en France. Et bien entendu, j’ai grandi près des montagnes et sans vraiment un horizon défini. En Camargue, on a un horizon défini, mais je cherche toujours ce que je n’ai pas. »
Autre région chère au cœur de l’interprète de « Déjeuner en paix », la Bretagne a également constitué une importante source d’inspiration artistique. L’artiste y avait trouvé un environnement propice à la création, tout en développant un attachement particulier à l’identité culturelle bretonne :
« La Bretagne est très belle et j’adore ce côté que la musique est partout. Je voulais écrire un disque et j’ai trouvé une maison vraiment superbe. C’est bizarre, en Bretagne, l’eau ne sait pas vraiment ce qu’elle veut. De temps en temps, elle est là, après elle part, elle revient, elle part… »
À travers ces différentes confidences, Stephan Eicher dessinait finalement le portrait d’une France qu’il admire autant qu’il aimerait voir davantage valorisée par ceux qui y vivent. Derrière ses remarques parfois abruptes, le chanteur suisse livrait surtout un message d’attachement, invitant les Français à prendre davantage conscience de la richesse de leur pays et de tout ce qui fait sa singularité.
