Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Michel Blanc a marqué plusieurs générations grâce à ses rôles devenus cultes et à son humour si particulier. Derrière cette image d’acteur attachant, certains de ses collaborateurs ont pourtant découvert une personnalité plus complexe au fil des tournages. Des années après avoir travaillé avec lui, un célèbre réalisateur français est revenu sans détour sur une expérience qui ne lui a pas laissé que de bons souvenirs. Un témoignage qui tranche avec l’image que le grand public gardait du comédien.
Figure incontournable du cinéma français et membre historique de la troupe du Splendid, Michel Blanc s’est imposé dès les années 1970 comme l’un des acteurs les plus populaires de sa génération. Mais derrière son immense talent, plusieurs proches ont déjà évoqué un homme anxieux, perfectionniste et parfois difficile à cerner. C’est notamment le souvenir qu’a conservé Patrice Leconte, qui l’a dirigé dans Les Grands Ducs, sorti en 1996, aux côtés de Jean Rochefort, Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle.
Le tournage de cette comédie, portée par un casting exceptionnel, ne s’est pas déroulé dans une ambiance aussi sereine qu’on aurait pu l’imaginer. Si le réalisateur n’a jamais remis en cause les qualités artistiques de Michel Blanc, il a reconnu que leurs relations avaient été particulièrement compliquées durant cette période. Invité sur Europe 1 il y a quelques années, Patrice Leconte racontait ainsi :
« Je ne sais pas ce qu’il avait. Il devait être dans une mauvaise passe. Il est parfait dans le film, et c’est le résultat qui compte. Mais humainement, il n’était pas aussi sympathique que ce que je connaissais. Il pouvait être odieux. Même Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Philippe Noiret me disaient : “Mais qu’est-ce qu’il a Michel ? Pourquoi il est comme ça ?” »
Ces confidences avaient surpris tant elles contrastaient avec l’image populaire de l’acteur. Pour autant, Michel Blanc n’avait jamais cherché à nier les tensions qui avaient marqué cette collaboration. De son côté, il estimait que les désaccords étaient avant tout liés à des divergences sur la manière d’aborder le tournage. Dans un entretien accordé au Dauphiné Libéré, le comédien livrait sa propre version des faits :
« J’ai eu l’impression que Patrice voulait aller très vite, comme s’il voulait se débarrasser du film. Moi, ça m’agaçait. On s’est engueulés une fois, ce qui ne m’était jamais arrivé avec lui. Après ça, je me suis refroidi et je suis devenu indifférent. Je me suis éloigné. »
À travers ces deux témoignages, c’est le portrait d’un artiste exigeant et parfois tourmenté qui se dessine. Si Michel Blanc a laissé une empreinte indélébile dans le cinéma français grâce à son talent et à ses personnages inoubliables, il assumait également un tempérament qui pouvait compliquer certaines collaborations. Une personnalité contrastée, bien éloignée de l’image du comédien maladroit et attachant qui a fait son succès auprès du public.
