Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
À son arrivée en Floride, Shaquille O’Neal ne ressemblait plus vraiment au monstre parfaitement affûté qui avait terrorisé la ligue au début des années 2000. Le décor changeait, les ambitions aussi, mais une question planait déjà : jusqu’où le corps de Shaq pouvait-il encore suivre ses rêves de titre ?
Son départ de Los Angeles avait mis fin à une cohabitation devenue explosive avec Kobe Bryant. Là où l’un vivait pour la rigueur et l’obsession du détail, l’autre s’était longtemps appuyé sur une domination physique hors norme. À Miami, Pat Riley savait qu’il ne pourrait pas se contenter de ce que Shaq avait été. Pour espérer aller loin en playoffs, il fallait transformer le « Diesel ».
Le choc des cultures semblait inévitable. La fameuse Heat Culture imposait des standards physiques stricts, des contrôles permanents et des exigences rarement négociables. Beaucoup s’attendaient à un affrontement frontal entre deux fortes personnalités. Pourtant, contre toute attente, Shaq accepta immédiatement le constat. « Quand Shaq est arrivé, il voulait venir ici », a expliqué Pat Riley, soulignant que l’intérieur savait très bien ce qui l’attendait.
Une discipline imposée, un déclic assumé
Le premier passage sur la balance fut sans appel. « Il faisait 174 kilos à ce moment-là, avec environ 14 % de masse grasse », a révélé Riley, rappelant l’ampleur du chantier. Au lieu de fuir ou de discuter, O’Neal prit le défi de front, conscient qu’il n’avait plus le luxe de tricher avec son corps à ce stade de sa carrière.
Sous la pression constante du staff, Shaq comprit rapidement que tout, à Miami, tournait autour de la condition physique. « Je n’avais littéralement pas le temps de faire autre chose que m’entraîner toute la journée, parce que Pat était obsédé par ce programme de masse grasse », racontait-il. Les standards étaient clairs : 6 % pour les arrières, 7 à 8 % pour les ailiers, 10 % pour les pivots. Aucun passe-droit, même pour une icône.
Pour tenir ce rythme, O’Neal alla jusqu’à ouvrir plusieurs salles de sport accessibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Une décision radicale, à l’image de l’engagement qu’il venait de prendre. En quelques mois, près de 27 kilos s’envolèrent, et son taux de masse grasse descendit autour des 12 %. Sur le terrain, la différence sauta aux yeux.
Lors de la saison 2004-2005, Shaq tourna à 22,9 points et 10,4 rebonds de moyenne, retrouvant un niveau digne des meilleurs pivots de la ligue et décrochant une sélection au All-Star Game ainsi qu’une place en All-NBA Team. Miami échoua de peu en finales de conférence cette année-là, mais les bases étaient posées.
