Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Pendant de longs mois, il s’est fait discret, laissant planer le silence après avoir failli perdre la vie. Après s’être fait soigner et avoir pris du temps pour lui et les siens, Kendji Girac veut désormais reprendre la parole. L’artiste est ainsi revenu sur ses excès, ses fragilités et ce moment où tout a basculé. Une confession rare, alors qu’il s’apprête à lancer son retour.
Révélé en 2014, Kendji Girac s’est imposé comme l’une des figures majeures de la chanson populaire française. Mais en 2024, la trajectoire du chanteur a brutalement déraillé. Après une nuit de fête marquée par une consommation excessive d’alcool et de cocaïne, l’interprète de « Color Gitano » s’est grièvement blessé en se tirant dessus avec une arme à feu. Un épisode sombre, largement médiatisé, qui a mis un coup d’arrêt à sa carrière et l’a contraint à une profonde remise en question.
Depuis cet incident, le musicien d’origine gitane s’est largement tenu à l’écart des projecteurs. Loin des scènes et des interviews, il a pris le temps de réfléchir à son parcours, à ses excès et à ce mode de vie qui l’a conduit au bord du précipice. Et aujourd’hui, Kendji tente de reprendre la main, notamment à travers la sortie de son livre « Mi Vida ». Invité de « C A Vous » pour le promouvoir, il a d’abord expliqué :
« J’ai pas fait ce livre que pour cette histoire forcément. Mais pour expliquer vraiment mon train de vie pour que les gens qui me suivent et d’autres personnes qui ne connaissent pas encore puissent en savoir un peu plus sur mon histoire (…) Comment la vie m’a amené à des choses qui m’ont fait grandir. Et que, limite, je ne regrette pas. Parce que j’ai bien grandi dans le bon sens, dans la bonne direction. Dans ce livre j’ai mis toute mon âme sans trop passer de détour »
Désormais lucide, le chanteur reconnaît notamment être tombé très tôt dans une forme de dépendance à l’alcool, qu’il utilisait comme un moyen de faire face à la pression et au stress liés à son succès fulgurant. Une consommation qu’il replace aussi dans un contexte culturel plus large :
« Des fois on ne se rend pas compte, chez les gitans il y a beaucoup de fiestas. Et pas que chez les gitans, dans toute la France entière. Même dans le monde entier. Où on banalise un peu l’alcool. Là où on va il y a de l’alcool. Et quand on grandit avec ça, on n’imagine pas que c’est du poison. C’est tout à fait normal d’avoir de l’alcool à midi sur sa table aujourd’hui. Et donc quand tu es jeune, tu veux connaître la vie, tu veux essayer d’en profiter à fond. Mais tu fais ça sans savoir ce qui peut arriver derrière. Parce que voilà, tu perds toute notion.
Il fait nuit, t’es pas bien, t’es dans un mauvais état, faut dire la vérité. Et parfois tu vas dans les dangers et tu te rends pas forcément compte. T’es avec les copains… Des fois tu t’amuses, il y en a plein, je vois plein d’amis qui s’amusent à faire des concours, celui qui boit le plus, celui qui fait le plus de cul sec. C’est typiquement cette façon de consommer de l’alcool qui est très très très dangereuse. Il y en a bien sûr, on peut boire, mais si c’est un verre ou deux avec modération. Maintenant je comprends la modération, je ne l’ai jamais compris avant »
Des paroles lucides, qui résonnent forcément à la lumière de ce drame survenu en 2024. Kendji Girac ne cherche ni à minimiser ni à esquiver ses responsabilités, mais tente d’expliquer comment un enchaînement d’excès et de banalisation des risques a pu mener à l’irréparable. Plus qu’un simple retour médiatique, il s’agit pour lui de mettre des mots sur ses failles, dans l’espoir de tourner la page et d’avancer, cette fois, avec une conscience nouvelle des dangers qu’il dit désormais comprendre.
