Par Rédaction | Sport
28 ans après, la Coupe du monde 1998 continue de dépasser le simple cadre sportif. Plus qu’un titre, elle a symbolisé une France plurielle, résumée par une formule devenue mythique : black-blanc-beur. Mais derrière l’image d’unité célébrée tout un été, certains acteurs de l’époque estiment que le message a parfois été déformé. Parmi eux, un ancien pilier des Bleus n’a jamais mâché ses mots.
Le 12 juillet 1998, l’équipe de France de football entrait dans l’histoire en remportant sa première Coupe du monde au Stade de France. Portés par Zinédine Zidane, Didier Deschamps ou Lilian Thuram, les Bleus ont aussi incarné une France métissée, rapidement érigée en symbole politique et sociétal. L’expression black-blanc-beur s’est alors imposée comme le reflet d’une réussite collective dépassant le sport, au point de devenir un marqueur fort du débat public sur l’intégration et l’identité nationale.
Membre de cette génération dorée, Frank Leboeuf faisait partie des joueurs majeurs du vestiaire. Champion du monde, défenseur central passé notamment par Chelsea, l’ancien international tricolore n’a pourtant jamais totalement adhéré à la récupération politique de ce slogan. Invité à s’exprimer sur le sujet sur le plateau de RMC Sport il y a quelques temps, Frank Leboeuf livrait une analyse franche :
« J’ai toujours dit que c’était un rattrapage politique (sic), cette histoire de black-blanc-beur. On a rendu les gens heureux pendant un été, on n’a pas changé la face de la France. C’était sympa. Nous on a pas calculé comme ça. On était juste contents de jouer au foot parce que ça faisait partie de notre vie de jouer avec des Noirs, des Maghrébins, des Chinois, etc. La question ne se posait pas. Elle a été récupérée parce que c’était symbolique, mais nous on s’en foutait complètement. On ne se posait pas la question de savoir qui marquait, tout ça. »
Aux yeux de l’ancien défenseur des Bleus, la seule identité qui comptait alors était celle du maillot bleu. Une vision partagée par plusieurs joueurs du groupe, pour qui les origines ou la couleur de peau ne dépassaient jamais le cadre médiatique. Néanmoins, tout le monde ne pensait pas cela… Présent lui aussi en 1998, Christophe Dugarry est ainsi revenu sur un épisode révélateur lors des célébrations, avec Lilian Thuram comme personnage principal :
« On a la coupe, on est en train de faire des photos entre nous (…). Et là j’entends Lilian Thuram, et je ne suis pas le seul Frank Leboeuf aussi, dire : « Allez les Blacks on fait une photo tous ensemble ». (…) Et il y a Frank Leboeuf qui relève et lui dit : « Lilian qu’est-ce que tu dis là ? Imagine si nous, on avait dit : ‘Allez les blancs on fait une photo tous ensemble’, comment tu aurais réagi ? »
Cet échange illustre les lignes de fracture, discrètes mais bien réelles, autour de la symbolique attribuée à cette équipe. Là où certains voyaient un message politique à assumer, d’autres, comme Frank Leboeuf, défendaient une vision strictement sportive et républicaine du collectif.
Avec le recul, la génération 1998 continue d’alimenter débats et interprétations. Si le mythe black-blanc-beur reste profondément ancré dans l’imaginaire collectif, les témoignages de ses acteurs rappellent que, sur le terrain comme dans le vestiaire, l’essentiel tenait avant tout à une chose : gagner ensemble, sous un même drapeau.
