Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Michel Sardou et Louane n’appartiennent ni à la même génération, ni au même univers musical. Pourtant, leurs trajectoires se sont croisées de façon inattendue au milieu des années 2010 à travers le film « La famille Bélier ». Des incompréhensions se sont toutefois glissées dans l’affaire, donnant lieu à une sortie sèche et mémorable, dans le plus pur style Sardou.
Sorti en 2014, « La famille Bélier » a marqué un tournant dans la carrière de Louane. Révélée quelques années plus tôt dans The Voice, la jeune chanteuse et comédienne y trouve un rôle phare, porté par un répertoire emblématique de la chanson française. Parmi les titres mis en avant, « Je vole », chanson écrite et popularisée par Michel Sardou, occupe une place centrale et contribue largement à l’émotion du film, vu par plus de sept millions de spectateurs.
Figure incontournable de la variété française, Michel Sardou se retrouve ainsi indirectement associé au succès du long-métrage de Victoria Bedos. Mais en 2015, alors que Louane est en pleine ascension médiatique, une série de propos va créer un malaise. La chanteuse qualifie d’abord « Je vole » de chanson « ringarde », avant d’affirmer, par la suite, qu’elle ne la chante plus sur scène parce que Michel Sardou le lui aurait interdit. Une version rapidement démentie par le principal intéressé sur Europe 1, sans pincettes :
« Elle dit des conneries cette petite. C’est sa promotion… En fait, je me suis renseigné. Parce que je me suis dit : « Mais attends, tu joues contre le film ». Parce que si tu n’aimes pas la chanson, tu le dis carrément…ou tu ne le dis pas d’ailleurs. Le film a fait 7,5 millions d’entrées, on ferme sa gueule, on est content, on dit « merci mon dieu » parce que ce n’est quand même pas « Jurassic World », c’est un petit film gentil, sympathique…
Je n’ai jamais interdit à Louane d’interpréter « Je vole ». Mais, en fait, elle n’est pas très maligne. On va dire ce qui est. Sa promotion lui dit : « Ce soir tu ne chantes pas « Je vole » ou je ne sais pas quoi ». Donc elle dit : « J’ai pas le droit ». Mais ce n’est pas moi ! J’ai donné mon autorisation. A partir du moment où j’ai donné mon autorisation, je m’en fous, elle chante ce qu’elle veut ! »
Des propos tranchants, fidèles au style du chanteur aux millions de disques vendus, qui avaient fait grand bruit à l’époque. Louane, de son côté, avait choisi de ne pas répondre publiquement, préférant laisser retomber la polémique et sûrement tirer des leçons sur ce qui se dit et ne se dit pas dans le showbiz.
Avec le recul, l’épisode n’a pas entamé l’affection de Michel Sardou pour le film, ni pour l’élan qu’il a donné à son répertoire auprès des plus jeunes. Toujours avec humour, l’interprète des « Lacs du Connemara » s’en amusait d’ailleurs :
« J’ai trouvé ça très mignon. Je fais la promotion d’un film où je ne suis pas, aucun acteur au monde ne l’a fait encore ! »
Cette séquence, typique des chocs générationnels dans le milieu artistique, illustre surtout l’apprentissage accéléré de la communication médiatique pour Louane, face à un monument habitué aux sorties sans filtre. Et rappelle qu’en France, une chanson culte peut parfois susciter autant de passions que de malentendus.
