Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
2026 marque le 40e anniversaire de la disparition tragique de Daniel Balavoine, décédé dans le crash de son hélicoptère lors du Paris-Dakar en 1986. Chanteur adulé, il avait pourtant connu des années de lutte avant de rencontrer le succès. Derrière cette ascension fulgurante se cachent d’ailleurs des anecdotes qui révèlent l’audace et le caractère bien trempé du musicien. Et Eddie Barclay en sait quelque chose…
Figure emblématique de la chanson française, Daniel Balavoine s’est imposé dans les années 1970 grâce à sa voix unique et son style inimitable. Mais avant la gloire, le chanteur a connu galères et déceptions, notamment avec Eddie Barclay, producteur influent qui ne croyait pas en son talent. Son frère Guy Balavoine est revenu pour Paris Match sur les débuts du musicien et sur ses premières victoires dans un milieu où la reconnaissance était loin d’être garantie.
« Je suis parti à Paris en 1967 pour commencer à travailler, il m’a rejoint en 1972, et c’est à ce moment-là que nous avons décidé de devenir choristes avec Daniel. On avait la même tessiture de voix, trois octaves et demie chacun. Rapidement, nous avons participé à des séances d’enregistrement où l’on faisait à la fois les voix de garçons et les voix de filles. C’est comme cela que Claude-Michel Schönberg nous a engagés dans son spectacle sur la Révolution française. »
Cet idiot d’Eddie Barclay ne croyait pas en nous… Celui qui a vraiment mis le pied à l’étrier à Daniel est Patrick Juvet. Il nous avait engagés pour faire les chœurs de son concert à l’Olympia, mais je n’avais pas pu me libérer. Daniel l’a fait seul. Juvet a tellement adoré sa voix qu’il lui a proposé de chanter sa chanson Couleur d’automne sur son album. On est en 1974 et Barclay finit par proposer un contrat à Daniel, qui répond : ‘OK, mais c’est pour trois albums, avec mes chansons, mes musiciens et des royalties plus élevées que les autres’. Barclay accepte. »
Le frère de Daniel Balavoine avait ensuite souligné l’indépendance et le courage du chanteur face aux conseils commerciaux de Barclay :
« Quand Eddie Barclay a vu que ça ne marchait pas, il est venu le trouver, une coupe de champagne à la main : ‘Il faut que tu fasses du commercial’. Daniel l’a regardé : ‘D’abord, je fais ce que je peux, ensuite, je fais ce que je veux’. Barclay l’a dévisagé : ‘Petit con ! Si un jour tu réussis, ce qui m’étonnerait, je te taille une pipe’. Pour ‘Le chanteur’, on avait presque fini le disque en studio, on avait une musique pour une dernière chanson, mais pas de texte. Le soir, on va dîner dans un petit resto sans Daniel. Quand on l’a retrouvé au studio, il avait écrit le texte…«
Cette chanson marque le début du succès pour Balavoine, qui restera une star jusqu’à sa mort. Alors une fois son premier concert à l’Olympia achevé, symbole de son nouveau statut, le natif d’Alençon n’a pas manqué de rendre la monnaie de sa pièce à Eddie Barclay. De manière… frontale, comme s’est rappelé Guy Balavoine :
« J’étais dans les loges. Je revois encore Eddie Barclay venir saluer Daniel après sa première à l’Olympia. Il était en peignoir. Quand le vieux s’est pointé, il a ouvert le peignoir : ‘Vous pouvez y aller, Eddie’. C’était gonflé. »
Cette histoire illustre parfaitement le tempérament audacieux de Daniel Balavoine, capable de se dresser face aux plus grands noms de la chanson française tout en restant fidèle à ses convictions artistiques. Son héritage musical, et cette attitude rebelle, continuent d’inspirer les générations suivantes.
