Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Toujours aussi clivant dans le paysage politique français, Gérald Darmanin traîne derrière lui une réputation qui dépasse largement ses fonctions officielles. Désormais garde des Sceaux, l’ancien ministre de l’Intérieur continue d’alimenter commentaires et sarcasmes jusque dans les couloirs du pouvoir. Certains sobriquets, forgés en interne il y a déjà plusieurs années, ont d’ailleurs refait surface. Et l’un d’eux en dit long sur les ambitions qu’on lui prête.
Figure centrale du macronisme depuis près d’une décennie, Gérald Darmanin s’est imposé comme un acteur incontournable de la vie politique française. Originaire de Valenciennes, longtemps maire de Tourcoing, il a occupé des postes clés sous Emmanuel Macron, notamment à l’Intérieur entre 2020 et 2024, avant de devenir ministre de la Justice. Un parcours fulgurant, mais aussi source de tensions, y compris au sein de sa propre majorité.
À l’été 2023, le contexte politique est particulièrement inflammable. La séquence des retraites, suivie des émeutes urbaines, fragilise l’exécutif. À l’époque, Élisabeth Borne est donnée partante pour un départ de Matignon, et Gérald Darmanin apparaît alors comme l’un des successeurs naturels. Selon les informations de L’Express, il est même considéré comme favori un temps. Un proche de l’exécutif confie alors :
« Le Président a laissé croire à Gérald que ça allait le faire. »
Finalement, Emmanuel Macron choisit de maintenir Élisabeth Borne à son poste, sous la pression notamment de l’aile gauche de la majorité. Un revers vécu comme un camouflet par le ministre de l’Intérieur de l’époque, et une occasion rêvée pour ses détracteurs de ressortir certains surnoms peu flatteurs qui circulaient déjà en coulisses.
Reprenant une information révélée par Le Parisien, le site Femme Actuelle évoque alors l’un des sobriquets les plus corrosifs attribués au ministre, en lien direct avec ses ambitions supposées :
« On l’appelle notamment “Iznogoud”, du nom de ce personnage de bande dessinée, créé par René Goscinny et Jean Tabary, et qui souhaite devenir un “calife à la place du calife”. »
Un surnom lourd de sens. D’autant que le personnage d’Iznogoud renvoie aussi, par jeu de mots, à l’expression anglaise “he’s no good”, autrement dit “il n’est pas bon”. Une double lecture qui amuse certains, agace l’intéressé, et traduit surtout la défiance d’une partie de la classe politique à son égard.
Ce n’est pas la première fois que Gérald Darmanin hérite de surnoms en interne. Comme l’avait rapporté Challenges par le passé, le locataire de la place Vendôme a également été appelé “Darminet”, pour sa capacité à séduire et amadouer ses interlocuteurs, ou encore “Darmalin”, en référence à son sens aigu de la manœuvre politique et à sa réputation de fin stratège.
Malgré ces moqueries, l’ancien protégé de Nicolas Sarkozy n’a jamais ralenti son rythme. Bulldozer assumé, il a continué à occuper le terrain, à consolider ses réseaux et à se projeter dans la durée. Déjà en 2023, il confiait en privé une phrase lourde de sous-entendus :
« 2027, c’est demain. »
Trois ans plus tard, Gérald Darmanin est toujours là, désormais à la tête de la Justice, et plus que jamais installé dans le jeu politique. Les surnoms, flatteurs ou non, semblent glisser sur lui sans infléchir sa trajectoire. Une chose est sûre : qu’on l’appelle Iznogoud ou autrement, l’homme n’a jamais cessé de viser plus haut.
