Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Kad Merad n’a jamais renié ses origines, mais il n’a jamais non plus idéalisé l’histoire familiale qui les accompagne. Né à Sidi Bel Abbès avant d’arriver très jeune en France, l’acteur a grandi dans un foyer où l’intégration passait parfois par des choix radicaux, dictés autant par la peur que par la volonté de s’en sortir. Une réalité qu’il évoque aujourd’hui sans colère, mais avec une lucidité frappante.
Derrière le comédien populaire se cache en effet une trajectoire familiale marquée par les contradictions de l’immigration des années 50. Son père, algérien arrivé adolescent en France, avait fait le choix de gommer autant que possible ses origines pour s’adapter. Jusqu’à franciser son prénom et refuser toute mise en avant de son héritage, y compris auprès de ses propres enfants.
C’est dans un entretien accordé au magazine Society que Kad Merad était revenu sans détour sur cette posture très révélatrice d’une époque :
« Il m’engueulait. Il disait toujours : “Arrête de dire que je suis Algérien”, et m’expliquait que quand il était arrivé en France dans les années 50, à 17 ou 18 ans, il avait la nationalité française.
En France, mon père ne voulait pas qu’on ait des prénoms algériens. C’est ma mère qui a insisté. Tous les enfants de son frère s’appellent Pierrick, Régis, etc. Nous, c’est Reda, Karim, Kaddour et Yasmina. Et ça, c’est grâce à ma mère, la Berrichonne ! »
Un choix loin d’être anodin à l’époque, que Kad Merad replace dans son contexte, rappelant combien l’intégration pouvait alors rimer avec effacement. Il précise d’ailleurs que cette décision avait parfois créé des tensions au sein de la famille élargie :
« C’était très courageux à cette époque, d’autant que sa mère, Paulette Béguin, n’était pas la plus accueillante avec mon père… »
À travers ce récit intime, Kad Merad met en lumière le tiraillement vécu par toute une génération : celle d’hommes et de femmes contraints de choisir entre transmission et discrétion, entre fierté et protection. Une histoire personnelle qui résonne avec celle de nombreux Français, et que l’acteur raconte aujourd’hui sans amertume, mais avec une sincérité désarmante.
