Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Classé parmi les comédies les plus cultes du cinéma français, Le Dîner de cons reste, plus de vingt-cinq ans après sa sortie, un monument indétrônable. Diffusé et rediffusé à la télévision, cité par toutes les générations, le film de Francis Veber a attiré près de 9 millions de spectateurs en salles en 1998. Pourtant, derrière les éclats de rire du public, le tournage fut loin d’être une partie de plaisir pour ses interprètes — à commencer par Thierry Lhermitte.
Si le duo formé avec Jacques Villeret a marqué l’histoire du cinéma, les conditions de travail sur le plateau se sont révélées particulièrement éprouvantes. En cause : l’exigence extrême de Francis Veber, connu pour sa rigueur quasi obsessionnelle. Invité récemment dans C à Vous, Thierry Lhermitte est revenu sans détour sur cette expérience intense :
« C’était un tournage difficile, parce que Francis Veber est très exigeant. Il veut entendre exactement ce qu’il avait en tête quand il écrivait, pas autre chose. Comme un compositeur qui veut entendre sa partition telle qu’il l’a écrite. Il avait raison… presque tout le temps. »
Un regard lucide, déjà exprimé par l’acteur quelques années plus tôt. En 2021, toujours sur France 5, Lhermitte confiait à quel point cette méthode l’avait marqué — autant professionnellement qu’humainement :
« Je n’étais pas habitué à ça. J’ai énormément appris, mais j’ai beaucoup souffert. Il voulait le sens précis qu’il avait écrit, pas une interprétation qui nous arrange ou qu’on maîtrise mieux. »
Une pression d’autant plus forte que Jacques Villeret, au cœur du film, traversait à l’époque une période psychologiquement délicate. Lui aussi avait résumé l’ambiance du tournage avec une franchise désarmante, dans Le Point :
« Ce fut 98 % de boulot et 2 % de rigolade. »
Avec le recul, Thierry Lhermitte reconnaît que cette rigueur extrême a sans doute contribué à la perfection comique du film. Mais il ne cache plus aujourd’hui la dureté de l’expérience. Le Dîner de cons a fait rire la France entière — pas forcément ceux qui l’ont fabriqué. Une épreuve intense, parfois douloureuse, mais qui a donné naissance à un chef-d’œuvre indiscutable du cinéma français.
