Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Longtemps habitué aux projecteurs et aux ovations, Serge Lama avance désormais à pas comptés. À 82 ans, l’artiste mythique de la chanson française revient dans l’actualité avec un nouvel album, mais aussi avec des paroles lourdes de sens sur son quotidien. Affaibli physiquement, il ne se cache plus et parle avec une franchise désarmante de ses limites. Des aveux poignants, qui bouleversent autant qu’ils forcent le respect.
Figure incontournable de la chanson française, Serge Lama a marqué plusieurs générations avec des textes viscéraux et une interprétation habitée. Révélé dans les années 1960, l’interprète de Je suis malade s’est imposé comme un artiste à part, capable de mettre des mots sur les failles humaines comme peu d’autres. Mais derrière cette carrière hors normes se cache aussi un corps meurtri, usé par le temps et par les épreuves, que le chanteur regarde aujourd’hui avec lucidité.
Plus en retrait médiatiquement ces dernières années, l’artiste n’a pourtant jamais cessé de créer. Le 21 novembre dernier, il a ainsi dévoilé Poètes, un album récitatif salué pour sa profondeur. Un projet intime, pensé loin de la scène, car le chanteur le sait : il ne pourra plus défendre ses textes face à son public. Une réalité difficile à accepter pour celui qui a tant vécu par et pour la scène.
Dans les colonnes de Paris Match, le chanteur a accepté de mettre des mots sur ce renoncement, en évoquant notamment les séquelles laissées par la maladie. Il a ainsi expliqué, sans détour, pourquoi l’idée d’un retour sur scène n’était plus envisageable :
« J’ai encore de la voix. Mais le Covid a fait que je ne peux plus marcher. Je ne me vois pas chanter assis, ça me semblerait irrespectueux vis-à-vis des spectateurs. Je veux qu’ils gardent la meilleure image de moi possible »
Ces propos font écho à des déclarations déjà tenues par le chanteur en 2021 et 2022. À l’époque, l’homme à la voix grave évoquait déjà la nécessité de savoir s’arrêter avant d’être contraint de le faire. Toujours auprès de Paris Match, il livrait une réflexion douloureuse mais empreinte de sagesse :
« Il y a un moment où les choses s’arrêtent. Il faut savoir qu’on vieillit, que mon corps me fait beaucoup souffrir, que j’ai beaucoup de problèmes inhérents au temps qui passe et que donc voilà, il y a un moment, il faut savoir s’arrêter plutôt que d’être arrêté. Un concert, ce n’est plus dans mes capacités. Je suis trop fragile : ma jambe gauche, c’est de pire en pire, et la droite porte mon corps depuis l’accident il y a cinquante-six ans… Ce serait le combat de trop »
Si le corps ne suit plus, l’esprit, lui, reste animé par la création. L’auteur-compositeur continue d’écrire, de transmettre et de partager sa vision de la poésie et de la musique. Loin de toute amertume, Serge Lama affiche une humilité rare et un profond respect pour son public, préférant préserver le souvenir d’un artiste debout plutôt que de s’exposer à l’épreuve de trop. Une posture digne, à l’image d’une carrière guidée par l’exigence et la sincérité.
