Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
La légende de Michael Jordan s’est bâtie sur des performances irréelles en playoffs. En 1993, lors des Finales NBA, les Suns pensaient pourtant avoir une équipe capable de le ralentir. Mais très vite, la réalité s’est imposée : personne ne semblait en mesure de contenir « His Airness ». C’est alors que Kevin Johnson a hérité d’une mission presque impossible.
Lors des deux premiers matchs contre Phoenix, Michael Jordan inscrit 73 points au total et Chicago prend une avance de 2-0. Le staff des Suns comprend alors que la stratégie doit changer. Majerle, présenté comme un potentiel « Jordan stopper », ne parvient absolument pas à gêner la superstar des Bulls.
Face à ce constat, les entraîneurs de Phoenix décident de confier la tâche à Kevin Johnson, meneur talentueux mais loin d’être un spécialiste défensif. Pour lui, apprendre cette nouvelle fut un choc. L’idée même de devoir affronter directement le meilleur joueur du monde dans une série aussi importante semblait irréelle. Pourtant, la décision est prise : c’est désormais lui qui sera chargé de défendre Jordan.
Une mission impossible confiée à Kevin Johnson
C’est à partir de ce moment que l’histoire prend une tournure presque surréaliste. Johnson a raconté avec humour la manière dont il a appris la nouvelle. « Je suis entré directement dans une église et je me suis assis au premier rang. J’ai dit : ‘Jésus, je ne crois plus en toi’ », a-t-il confié auprès de Jeff Teague dans le podcast Club520. L’idée de devoir défendre Michael Jordan en Finales NBA lui paraissait tellement improbable qu’il pensait d’abord avoir rêvé.
Lors de l’entre-deux du match 3, Johnson prévient même Jordan de son nouveau rôle. La réaction de MJ fut à la hauteur du personnage. « Quand je lui ai dit que je le défendais ce soir, il m’a juste regardé et répondu : ‘Hein ?’ » Une réponse courte, presque moqueuse, qui traduisait bien la confiance absolue du numéro 23.
Malgré cette pression immense, le match 3 tourne finalement en faveur des Suns après trois prolongations. Jordan termine avec 44 points, mais Phoenix s’impose et relance la série. Johnson, lui, réalise une performance solide avec 25 points à 11/24 au tir. Il prouve ainsi qu’il n’est pas seulement un défenseur de circonstance, mais aussi un joueur capable de répondre offensivement dans les grands moments.
Pourtant, avec le recul, l’ancien meneur garde une certaine fierté de son duel avec Jordan. Il aime rappeler qu’il a fait mieux que Majerle dans cette mission ingrate. « Tiens Mike ! », plaisante-t-il aujourd’hui en évoquant le fait qu’il avait réussi à maintenir Jordan sous la moyenne de points qu’il avait inscrite face à son coéquipier. Une petite victoire personnelle dans une bataille perdue d’avance.
