Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Le 2 août 1992 a marqué à jamais la chanson française avec la disparition brutale de Michel Berger. Terrassé par un malaise cardiaque à Ramatuelle, le musicien s’éteignait à seulement 44 ans, laissant derrière lui une œuvre immense et une compagne dévastée. Mais au-delà du choc et du chagrin, France Gall a découvert, après le drame, un secret longtemps dissimulé. Une révélation qui l’a plongée dans une colère extrême.
Figure majeure de la chanson hexagonale, Michel Berger formait avec France Gall l’un des couples les plus emblématiques de la musique française. Auteur-compositeur de génie, l’interprète du Paradis blanc semblait au sommet de son art, malgré une fatigue physique de plus en plus visible. À l’été 1992, alors qu’il séjourne dans le Sud, personne n’imagine que ses fragilités vont se transformer en tragédie irréversible.
Ce jour-là, après une partie de tennis, Michel Berger ressent une vive douleur à la poitrine. Un premier malaise cardiaque survient. Pris en charge par un médecin, il tente de rassurer son entourage. Dans le documentaire France Gall « Évidemment », diffusé sur W9, une journaliste est revenue sur ces instants décisifs :
« Il va d’abord se reposer, prendre un bain froid, il dit à tout le monde que tout va bien donc personne n’appelle les secours, tout le monde pense qu’il va bien. »
Mais cette apparente accalmie n’était qu’illusoire. Quelques minutes plus tard, l’artiste est frappé par un second malaise, fatal cette fois. Malgré l’intervention des secours, Michel Berger ne sera pas réanimé. Une fin brutale, qui prend une dimension encore plus tragique à la lumière de son état de santé préoccupant, comme l’a confié l’ancien attaché de presse du couple :
« Michel était très fatigué, ses cheveux devenaient blancs, il se voûtait… Il avait 44 ans à l’époque, c’était pas vieux. France était inquiète. Il était trop fatigué, elle avait peur pour lui. »
Si la fatigue de l’artiste inquiétait France Gall, celle-ci ignorait pourtant l’essentiel. Le compositeur savait que son cœur était fragile et avait reçu des médicaments pour se soigner. Des traitements qu’il cachait à sa compagne et qu’il refusait de prendre. Une dissimulation que la chanteuse ne découvrira qu’après sa mort, en même temps qu’un autre secret, bien plus douloureux encore. Proche du couple, Jacques Attali a raconté la colère qui a alors submergé France Gall :
« France était très furieuse contre Michel Berger parce qu’elle ne savait pas qu’il prenait des médicaments, il les lui cachait. Elle était très fâchée contre le père de Michel qui ne lui avait pas dit que son fils prenait des médicaments que lui-même grand médecin, d’après France, lui avait prescrit. Et elle ne savait pas quand il a eu sa crise cardiaque que des médicaments étaient dans un tiroir de la chambre, qu’il aurait dû prendre donc elle était dans une colère extrême contre lui. »
À la douleur immense de la perte s’est ainsi ajoutée une colère profonde, nourrie par les silences et les non-dits. France Gall a dû affronter l’idée que des décisions cachées, voire une absence de communication, avaient peut-être pesé lourd dans le destin de l’homme qu’elle aimait.
Plus de trente ans après, la mort de Michel Berger continue de fasciner et de bouleverser. Derrière le génie musical disparu trop tôt, subsiste l’histoire d’un secret familial aux conséquences déchirantes. Un poids que France Gall a porté jusqu’à la fin de sa vie, sans jamais totalement apaiser cette colère née au cœur du drame.
