Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
Shaquille O’Neal n’a jamais eu la langue dans sa poche. Même à la retraite, l’ancienne superstar continue d’observer l’évolution de la NBA avec un regard très critique. Pour lui, le basket moderne a perdu une part essentielle de son identité, notamment au poste de pivot. Et à sa grande surprise, il estime être en partie responsable de ce changement.
Invité récemment dans l’émission expediTIously, le Hall of Famer s’est exprimé sans détour sur l’état actuel du jeu intérieur. Celui qui a régné sur les raquettes pendant plus d’une décennie regrette profondément la disparition du jeu physique qui faisait autrefois la réputation des grands joueurs. Selon lui, la nouvelle génération n’a plus du tout la même mentalité ni la même approche du combat sous le cercle.
O’Neal se souvient avec nostalgie de ses débuts dans la ligue, une époque où les pivots dominaient par la puissance brute. « Je trouve que le jeu est devenu trop tendre. Quand j’étais jeune, je voyais des gros costauds dans la raquette distribuer des coups de coude. Quand j’ai commencé à faire pareil, tout le monde a eu peur de moi et a commencé à s’écarter », a-t-il expliqué. Pour Shaq, cette intimidation physique faisait partie intégrante du basket, un élément désormais presque absent.
Une évolution du jeu qui ne passe pas pour Shaq
L’ancienne star des Lakers estime même que son style ultra-dominant a provoqué une mutation involontaire du poste de pivot. D’après lui, des joueurs comme Kevin Garnett ou Tim Duncan ont commencé à s’éloigner du cercle pour développer un jeu plus extérieur, influençant ainsi toute une génération. « Les Garnett, les Tim Duncan… Aujourd’hui, on voit des grands qui posent des écrans et s’écartent pour shooter à trois points. Quand je devais les défendre, ils s’éloignaient, donc les jeunes regardaient des joueurs de 2m10 tirer de loin et se sont mis à faire pareil », a-t-il ajouté.
Pour O’Neal, cette transformation du basket est synonyme d’un affaiblissement global des intérieurs modernes. À ses yeux, les pivots actuels manquent d’agressivité et de caractère. Il n’hésite d’ailleurs pas à se montrer très dur envers eux : « Le jeu est plus mou. Les grands sont mous et beaucoup ne prennent plus ce métier au sérieux ». Une critique frontale qui reflète sa frustration de voir le poste qu’il a dominé perdre son identité traditionnelle.
L’ancien MVP ne cache pas non plus une certaine jalousie vis-à-vis des contrats actuels. Alors que les salaires n’ont jamais été aussi élevés, il estime que certains joueurs ne méritent pas ce qu’ils gagnent. « Je suis professionnellement jaloux de certains types qui touchent des millions. Je suis un rageux, oui. Ils gagnent tout cet argent mais ne protègent pas ce sport qui est le nôtre », a-t-il lancé avec son franc-parler habituel.
Pourtant, la réalité est sans doute plus nuancée que ne le décrit Shaq. La NBA a évolué vers un jeu plus rapide, plus technique et davantage tourné vers l’adresse extérieure. Ce changement ne signifie pas nécessairement une faiblesse, mais plutôt une adaptation aux nouvelles exigences tactiques. Les grands modernes doivent désormais savoir tout faire : shooter, défendre sur plusieurs positions et créer du jeu.
