Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Comédienne au franc-parler légendaire, Anémone n’a jamais craint de bousculer les conventions. Derrière l’image populaire laissée par ses rôles au cinéma, l’actrice entretenait un rapport complexe à sa vie privée. Sur la maternité, notamment, elle s’était exprimée avec une rare sincérité. Des confidences déroutantes, qui continuent de faire écho plusieurs années après sa disparition.
Figure marquante du cinéma français, Anémone, disparue en 2019 à l’âge de 68 ans, a toujours revendiqué une liberté de ton totale. Révélée au grand public dans les années 1980 et inoubliable dans Le Père Noël est une ordure, la comédienne était aussi une femme engagée, peu encline à se plier aux attentes sociales. Mère de deux enfants, elle affirmait pourtant n’avoir jamais désiré ce rôle, expliquant avoir subi une pression implicite dictant ce qu’une femme devait accomplir pour être considérée comme telle. Un discours rare à l’époque, presque précurseur dans sa manière d’aborder le regret maternel.
Dans un entretien accordé à France Info en 2011, puis dans les colonnes de L’Obs, Anémone s’était livrée sans détour sur son expérience personnelle. Elle y décrivait le contexte de ses grossesses, son état d’esprit et le poids des normes sociales, sans chercher à édulcorer ses sentiments. Elle déclarait alors :
« Moi, je ne voulais pas d’enfants. Il y avait une pression sociale très forte. On vous fait passer le message que si vous n’avez pas d’enfants, vous n’êtes pas une femme. Si je n’avais pas eu d’enfants, j’aurais été beaucoup plus heureuse… Quand je les ai en face de moi, je ne peux pas les regarder en me disant que je les regrette, cela n’a pas de sens, mais je regrette d’avoir été mère. Si c’était à refaire, je ne le referais pas. »
L’actrice poursuivait en détaillant les circonstances très personnelles qui avaient entouré la naissance de son premier enfant, évoquant un déni de grossesse et une décision prise dans l’urgence :
« Je n’ai admis que j’étais enceinte qu’après qu’il soit trop tard pour avorter. C’est pour ça que j’ai gardé mon fils. J’ai avisé le premier mec qui avait l’air d’avoir un petit peu le profil requis pour faire un bon père. Il a accepté une seule condition : il en voulait un à lui également. Je me suis dit : « Maintenant que ma vie est foutue, un ou deux c’est bien pareil ». J’ai fait mon maximum (avec ses enfants, ndlr). Je me suis appliquée. Je suis une femme de devoir, vraiment ».
Des propos qui avaient suscité de nombreuses réactions à l’époque, tant ils heurtaient l’image idéalisée de la maternité. Après le décès de la comédienne, son fils Jacob avait toutefois tenu à nuancer ces déclarations, rappelant que sa mère avait assumé ses responsabilités avec sérieux et affection, et qu’ils n’avaient jamais manqué ni d’amour ni de stabilité.
À travers cet aveu sans filtre, Anémone aura mis en lumière une réalité rarement exprimée publiquement. Entre devoir et désir contrarié, la comédienne avait accepté d’exposer ses contradictions, offrant un témoignage brut sur la complexité du rôle de mère. Une parole singulière, à l’image de toute sa carrière, qui continue d’interroger bien au-delà de sa disparition.
