Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Au cours de sa longue carrière, Philippe Noiret a côtoyé les plus grands noms du cinéma français. Réputé pour son élégance, sa discrétion et son professionnalisme, l’acteur a pourtant vécu certaines collaborations plus difficilement que d’autres. Parmi elles figure un tournage qui lui a laissé un souvenir particulièrement éprouvant, aux côtés d’une immense légende du septième art.
Figure majeure du cinéma français durant plusieurs décennies, Philippe Noiret a partagé l’affiche avec Simone Signoret dans L’Étoile du Nord, film sorti en 1982 et adapté d’une œuvre de Georges Simenon. À cette période, les deux acteurs comptent parmi les personnalités les plus respectées du grand écran. Mais derrière le prestige de cette rencontre artistique, la réalité du tournage s’est révélée bien plus compliquée que prévu.
L’ancien partenaire de Jean Rochefort gardera notamment le souvenir d’une collaboration marquée par des différences de tempérament. Simone Signoret, déjà fragilisée par des problèmes de santé et par les conséquences de plusieurs excès passés, traversait alors une période difficile de sa vie. Une situation qui pesait sur l’ambiance générale du plateau.
Ce n’est que plusieurs années plus tard que Philippe Noiret est revenu sur cette expérience dans son ouvrage « Mémoire cavalière ». Sans remettre en question le talent de son illustre partenaire, il avait décrit avec franchise les difficultés rencontrées durant le tournage :
« Simone était une charmeuse, et une emmerdeuse. Une fois le film terminé, j’avais l’impression d’être épuisé. Tout devait tourner autour de sa personne. Comme une enfant, elle avait besoin qu’on la regarde, qu’on soit suspendu à ses lèvres, à ses désirs. Ce n’était pas de la tarte la Simone en action. »
Des propos qui traduisent avant tout le ressenti d’un acteur confronté à une collaboration exigeante. Derrière cette critique se dessine également le portrait d’une Simone Signoret affaiblie, dont l’état de santé influençait de plus en plus son quotidien professionnel.
Quelques années après la sortie du film, l’actrice oscarisée verra en effet sa situation médicale se dégrader davantage. Après une importante intervention chirurgicale, elle perdra progressivement la vue avant de s’éteindre en 1985, à l’âge de 64 ans.
Avec le recul, les confidences de Philippe Noiret apparaissent moins comme une attaque personnelle que comme le témoignage sincère d’un homme évoquant l’un des tournages les plus éprouvants de sa carrière. Une rencontre entre deux géants du cinéma français, dont l’alchimie artistique n’aura finalement jamais totalement effacé les tensions du quotidien.
