Critiqué par J-J. Goldman, la réponse claire et nette de Jacques Dutronc : « Moi, je n’ai jamais…

Jean-Jacques Goldman et Jacques Dutronc
TV5 Monde (DR) / TF1 (DR)

Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web

S’ils comptent tous les deux parmi les plus grands noms de la chanson française, Jacques Dutronc et Jean-Jacques Goldman n’ont jamais partagé la même vision de leur métier. L’un revendique depuis toujours une approche instinctive, quand l’autre est réputé pour son exigence et sa méthode de travail. Une différence qui avait fini par provoquer un véritable désaccord entre les deux artistes, resté gravé dans la mémoire de Jacques Dutronc.

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Figure emblématique de la chanson française depuis les années 1960, Jacques Dutronc a toujours cultivé une image d’artiste libre, peu enclin à suivre les règles de l’industrie musicale. À l’opposé, Jean-Jacques Goldman s’est imposé grâce à une discipline et un sens du travail unanimement salués. Lorsque leurs chemins se sont croisés au début des années 1990, cette opposition de tempéraments est rapidement apparue, au point d’empêcher toute véritable collaboration.

Avant de revenir sur cet épisode, Jacques Dutronc s’amusait d’ailleurs de la réputation qui lui colle à la peau depuis des décennies. Dans les colonnes du Journal du Dimanche, le chanteur déclarait sur son goût modéré pour le travail :

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« Il paraît, en effet, que je suis paresseux, et tant mieux. »

L’artiste expliquait ensuite que Jean-Jacques Goldman lui avait préparé plusieurs chansons, mais que cette manière très structurée de travailler ne correspondait tout simplement pas à sa personnalité artistique :

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« Il y a un art de ne rien faire… et de ne faire rien aussi ! Le dernier qui m’a traité de paresseux, c’est Jean-Jacques Goldman. Ce devait être en 1990 ou 1992. Il m’avait fait tout un dossier de fort belles chansons, c’était très bien réalisé. Mais je n’avais pas envie de faire les choses comme ça. Je voulais être en dehors du… oui, en dehors, un peu. »

Le désaccord ne s’était pas arrêté là. Après une série de concerts au Casino de Paris, Jean-Jacques Goldman lui avait une nouvelle fois reproché son manque de travail, une remarque qui avait confirmé leurs visions radicalement différentes de la création :

« Ensuite, j’ai fait le Casino de Paris. Et il m’a dit « Mais tu es paresseux, travaille ! » »

Pour le chanteur, cette divergence dépassait largement leur simple relation personnelle. Elle traduisait deux façons opposées de concevoir la musique, Jacques Dutronc refusant l’idée même de fabriquer une chanson selon une méthode prédéfinie :

« Pour moi, le travail associé avec la chanson, c’est fabriqué. Fabriqué ! Fais-moi une chanson d’amour. On retrouve la même chose au cinéma : on vous engage pour ce que vous êtes et une fois que vous avez accepté le rôle, on vous transforme. Une chanson fabriquée n’est pas possible pour moi. »

Avant de conclure avec une formule fidèle à son état d’esprit :

« Moi, je n’ai pas de commode avec des tiroirs dans lesquels sont logées des chansons d’amour, des chansons ceci, des chansons cela… Je n’ai jamais fabriqué de chansons en pensant au public. Sauf deux, mais elles ne sont jamais sorties. »

À travers ces confidences, Jacques Dutronc assume pleinement sa manière de créer, quitte à s’opposer à l’un des auteurs-compositeurs les plus respectés de la chanson française. Une divergence qui n’a jamais été résolue, mais qui illustre deux conceptions très différentes de la création artistique.

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