Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Habituée à défendre un cinéma exigeant, Valéria Bruni-Tedeschi ne mâche jamais ses mots lorsqu’il s’agit de parler de création artistique. L’actrice et réalisatrice franco-italienne assume régulièrement des prises de position qui détonnent dans le paysage culturel. À l’occasion de la sortie de « L’art de la joie », elle s’était d’ailleurs montrée particulièrement critique envers l’évolution de la société française. Une analyse qui n’est pas passée inaperçue.
Figure majeure du cinéma d’auteur, Valéria Bruni-Tedeschi a bâti sa carrière entre la France et l’Italie en privilégiant des rôles complexes et des projets ambitieux. La sœur de Carla Bruni a retrouvé cet univers dans « L’art de la joie », une série qui explore les contradictions humaines et les rapports de pouvoir sans chercher à les édulcorer. Malgré les bonnes critiques reçues, le programme est toutefois resté relativement confidentiel lors de sa diffusion en France, un constat qui a interpellé la comédienne.
Cette faible exposition a conduit Valéria Bruni-Tedeschi à s’interroger sur le rapport du public et des diffuseurs aux œuvres jugées plus audacieuses. Selon elle, cette situation reflète une évolution plus profonde du climat culturel français. Dans les colonnes de Télé-Loisirs, Valéria Bruni-Tedeschi déclarait :
« Je pense qu’aujourd’hui, la France est devenue un pays très puritain. Bon, ce que je dis n’est peut-être très politiquement correct, mais tant pis. Il semble qu’il y ait une réticence à accepter la complexité du monde. Pour ma part, je ne trouve pas que cette série soit scabreuse, obscène ou même vulgaire. Au contraire, il est élégant et intelligent. Il aborde la complexité de l’être humain. Le puritanisme du moment a peur de raconter la complexité humaine. Voilà comment je m’explique — tristement — le peu d’enthousiasme en France pour ce programme… »
À travers cette analyse, l’actrice ne remet pas seulement en question l’accueil réservé à cette série. Elle estime également que certaines œuvres peinent désormais à trouver leur place lorsqu’elles abordent des sujets sensibles ou montrent les ambiguïtés de leurs personnages sans porter de jugement.
Fidèle à la liberté de ton qui caractérise son parcours, Valéria Bruni-Tedeschi défend une vision du cinéma où la complexité humaine doit pouvoir être montrée sans être systématiquement lissée. Pour elle, la création artistique ne peut se limiter à des récits consensuels ou dépourvus de zones d’ombre.
Ces déclarations ont relancé un débat récurrent sur la place des œuvres exigeantes dans le paysage audiovisuel français. Entre prudence des diffuseurs et évolution des sensibilités, Valéria Bruni-Tedeschi regrette que certains projets rencontrent davantage de difficultés à exister. Une prise de position qui s’inscrit dans la continuité d’une carrière construite autour d’un cinéma libre et résolument assumé.
