Par Rédaction | Sport
À la fin des années 2000, l’équipe de France traversait une période de transition particulièrement délicate. Après le départ des cadres de la génération 1998, une nouvelle vague de joueurs tentait de s’imposer chez les Bleus. Samir Nasri en faisait partie, mais une anecdote avec Thierry Henry illustre parfaitement les tensions qui pouvaient exister entre les générations.
Alors que Thierry Henry était encore l’un des cadres incontestés de l’équipe de France en 2008, Samir Nasri avait déjà pris certaines habitudes au sein du groupe. Parmi elles, celle de s’asseoir à une place précise dans le bus des Bleus, habituellement occupée par l’attaquant du FC Barcelone lorsqu’il était présent. Lorsque le capitaine historique fit son retour, Nasri se retrouva alors dans une situation pour le moins embarrassante.
Invité sur le plateau de Canal+, Samir Nasri était revenu sur cette fameuse scène et avait expliqué comment il s’était retrouvé à la place de Thierry Henry :
« Lorsque je suis arrivé en équipe nationale, Thierry Henry était souvent blessé et j’avais pris l’habitude de m’asseoir à sa place. Lorsqu’il est revenu, je me trouvais donc à son emplacement. J’en ai été informé peu de temps avant. »
Derrière cette situation se cachait en réalité un pari lancé par plusieurs anciens joueurs. Le jeune milieu offensif avait alors décidé de jouer le jeu, malgré les avertissements de ses coéquipiers, comme il l’avait raconté :
« C’était un pari. Les anciens m’ont influencé. J’étais assis à sa place, et c’est Willy (Sagnol) ou William (Gallas) qui me dit : « Tu es conscient que tu es à sa place ? Tu vas devoir te lever. » Et là, Patrick (Vieira) intervient en disant : « Ne te lève pas, pourquoi tu les écoutes ? » Ils avaient parié entre eux et pour faire gagner Patrick, j’ai choisi de rester assis. »
Samir Nasri avait finalement fini par céder sa place, non sans faire traîner, et l’épisode avait laissé des traces et symbolisait, pour certains, le fossé grandissant entre les cadres de l’équipe de France et la génération montante. Dans son autobiographie, William Gallas avait d’ailleurs présenté cette anecdote comme une illustration de cette fracture. Jean-Alain Boumsong avait lui aussi apporté son éclairage dans L’Équipe :
« Samir ne comprenait pas les reproches car il n’y avait pas de places attribuées. Et je peux aussi le comprendre. Mais il y a quelques susceptibilités à comprendre quand on arrive dans un groupe, et une certaine ancienneté à respecter. »
Avec le recul, Thierry Henry lui-même avait reconnu que les codes de son époque ne pouvaient plus nécessairement être appliqués de la même manière à la génération suivante. Devenu entraîneur, l’ancien international français expliquait ainsi avoir dû remettre en question certains de ses principes :
« Tout le monde a été éduqué d’une certaine façon, dans le foot ou dans la vie, avec des codes… Mais ça ne marche plus tout ça avec la nouvelle génération. Ces codes ne fonctionnent plus. Aujourd’hui c’est impossible d’être dans la sévérité à outrance. À un moment donné il faut avoir une certaine intelligence émotionnelle et mettre son égo de côté. Ça a marché avec nous, pas avec eux.
Là maintenant, tu vois certaines choses qui sont totalement à l’opposé de ce qu’on a connu, et pour t’adapter à cela, il faut faire le deuil de tout ce que tu savais, tout ce que tu as ancré au fond de toi. Et encore plus dans le foot. Avec l’équipe de France j’ai dû déconstruire certains de mes principes. »
Cette anecdote entre Samir Nasri et Thierry Henry illustre ainsi les changements profonds qui traversaient l’équipe de France à cette époque. Entre les anciens attachés à une certaine hiérarchie et une nouvelle génération moins sensible à ces codes, le fossé s’était progressivement creusé. Quelques années plus tard, les Bleus allaient connaître une période particulièrement mouvementée avant de retrouver de la stabilité sous l’ère Didier Deschamps.
