Les aveux glaçants de Marcel Desailly sur son recours au dopage : « Je n’en suis pas fier »

Marcel Desailly
The Overlap (DR)

Par Rédaction | Sport

Champion d’Europe avec l’Olympique de Marseille en 1993 puis champion du monde avec les Bleus en 1998, Marcel Desailly a connu les sommets du football français. Mais son passage à l’OM lui a également permis d’être confronté à certaines pratiques beaucoup plus troubles. Dans son autobiographie, l’ancien défenseur avait livré un récit saisissant sur le recours à une substance pouvant entraîner un contrôle antidopage positif.

Publicité

Figure incontournable de l’Olympique de Marseille de Bernard Tapie, Marcel Desailly avait évolué dans un vestiaire où la pression et l’ambition étaient particulièrement fortes. À l’approche d’un Classique face au Paris Saint-Germain, l’ancien international français avait notamment raconté une scène qui l’avait profondément marqué, lorsque le président marseillais était arrivé avec une boîte de médicaments.

Dans son autobiographie Capitaine, Marcel Desailly avait ainsi détaillé la scène et les instructions données par Bernard Tapie dans le vestiaire :

Publicité

« Tapie nous rejoint dans les vestiaires du Parc. Plus fébrile que jamais, il va de l’un à l’autre, dans le fouillis des sacs et des paires de chaussures (…) . « Bon, les gars, arrêtez tout, écoutez-moi ». Silence dans les rangs. On n’entend plus la grosse voix de Basile Boli ni le cliquetis des crampons sur le carrelage. Tout le monde se tait. Même le boss. Debout au milieu du vestiaire, il sort une boîte de médicaments.

Une boîte que le staff médical du club n’a encore jamais utilisée devant moi. Le nom m’échappe mais pas le sentiment de malaise ni les mots de Tapie. « Ce match-là, les gars, il faut le gagner ! » Il me tend la boîte. Je n’ai plus qu’à m’en servir, à avaler un cachet et à faire tourner, mais j’hésite. Et si ce produit … ? Et si c’était… ? »

Publicité

Le malaise de Marcel Desailly s’était rapidement confirmé lorsque le joueur avait découvert la mise en garde figurant sur la boîte. Le produit pouvait en effet provoquer une réaction positive lors d’un contrôle antidopage. Malgré cela, la pression exercée dans le vestiaire ne s’était pas dissipée.

Le défenseur avait alors transmis la boîte à Didier Deschamps, qui avait lui aussi découvert l’avertissement. L’ancien Marseillais racontait ensuite la discussion entre le capitaine et Bernard Tapie :

« Je suis pétrifié, incapable de réagir. Seulement de tendre à mon tour la boîte à Didier Deschamps. Il la prend, la retourne et lit une mise en garde du genre : « Ce médicament, au-dessus de certaines doses, peut être considéré pour des sportifs de haut niveau, comme une substance dopante » (NDLA : à l’époque, en 1992, le libellé exact de la phrase générique est : « L’attention des sportifs sera attirée sur le fait que cette spécialité contient un principe actif pouvant induire une réaction positive des tests pratiqués lors des contrôles antidopage »).

Didier ne se démonte pas. Il s’adresse au boss :

« Attendez, là, c’est quoi ce truc ? »

« Prenez-en. Faites-moi confiance ».

« Mais vous avez vu ce qu’il y a de marqué derrière ? »

« Pas de problème, c’est une question de dosage. Donne-moi ça si tu m’crois pas ! »

Face aux doutes de ses joueurs, Bernard Tapie avait alors décidé de prendre lui-même les comprimés, avant d’inciter les Marseillais à faire de même. Marcel Desailly avait finalement cédé, même si certains de ses coéquipiers avaient refusé.

« Le boss saisit la boîte, avale un cachet, puis un autre et une bonne gorgée d’eau minérale. ‘Voilà maintenant allez-y ! Oh les gars, vous me connaissez, je ne vous ai jamais menti. Hein, est-ce que je vous ai menti ?’

Son produit miracle est-il interdit ? Qu’il en ait avalé deux cachets ou toute une tablette ne change évidemment rien à l’affaire : ce n’est pas lui qui subira peut-être un contrôle antidopage après le match ! n’empêche, il insiste : ‘Allez, prenez‘. j’ai pris. Un ou deux cachets, je ne sais plus. D’autres ont refusé. Pourquoi pas moi ? Peut-être la confiance aveugle dans le service médical. Peut-être la trouille de dire non. Peut-être le sentiment d’être Marseillais, donc invulnérable. Sans doute tout cela à la fois. Et je n’en suis pas fier.

Des années plus tard, Marcel Desailly avait donc livré un témoignage particulièrement lourd sur les méthodes auxquelles il avait été confronté durant son passage à Marseille. Un épisode qu’il assumait de raconter avec une certaine gravité, tout en reconnaissant sans détour le malaise qu’il ressentait encore face à sa propre décision.

Multisports