FR, Interview Laia Palau : « J’aime jouer contre la France, mais le plus tard possible dans la compétition »

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Elle est l’une des icônes du basket espagnol (248 sélections), l’une des meneuses emblématiques de l’EuroLeague. À 37 ans, Laia Palau est même rentrée dans l’histoire de cette compétition en réalisant plus de 1000 passes décisives. Elle avait signalé que les Jeux Olympiques de Rio seraient sa dernière compétition internationale. Finalement après réflexion, Laia Palau poussera jusqu’à cet été avec la sélection espagnole pour finalement mettre un terme à sa carrière à Prague… Ville où elle évolue actuellement… Et le club où elle se retirera tout simplement du basket européen. Afin de rendre hommage à cette très grande joueuse dont le palmarès est ahurissant (9 médailles avec l’Espagne, 2 titre en Euroleague et 10 titres de championne nationale avec ses différents clubs), nous sommes revenues avec elle sur son immense carrière.

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PARLONS DE TA CARRIÈRE EN CLUB

Parlons-Basket : Au début de ta carrière, de 2004 à 2006, soit deux ans, tu as évolué à Bourges, quels souvenirs de ta vie à la française gardes-tu ?

Laia Palau : Pour moi, l’expérience de la France c’était un kiff. J’ai vraiment bien aimé. Je pense, enfin je ne sais pas trop pour les autres clubs, mais à Bourges j’ai pu très bien travailler. J’ai eu la chance d’avoir une super équipe, en plus j’ai pu avoir Pierre Vincent comme coach… Je venais de Barcelone, c’était la première fois que je partais de chez moi. Et finalement, pour moi, ça a un peu marqué ma carrière… Je pense que j’ai fait deux bonnes années là-bas et après j’ai eu l’opportunité de rentrer et d’aller à Valence… Ça m’a ouvert des portes.

PB : Et maintenant, ça fait quelques années que tu as quitté la LFB… Malgré ça, continues-tu à suivre le championnat de France ?

LP : Pffff, pas du tout, pas du tout (Rires). Je ne suis pas trop sur les réseaux… Je connais les gens, mais je ne suis pas vraiment ce qui se passe… Après cette année, on peut dire que je suis un peu plus car j’ai un ami qui vit à Bourges et il me tient un peu au courant. Aussi, comme je m’entends bien avec Élodie Godin, on est des amies, alors je sais un peu ce qui se passe à Montpellier… Mais je ne suis vraiment pas trop…

PB : Ça peut se comprendre surtout si tu dois suivre tous les championnats où tu as évolué… Tu ne sais plus ou donner de la tête…

LP : C’est ça. J’aime bien le basket, j’aime beaucoup ça mais… Nan mais je ne sais pas, c’est dur de tout suivre.

(Crédit photo : FIBA)

PB : Actuellement, les Playoffs sont en cours en République-Tchèque… Parle nous de la saison là-bas…

LP : La on va commencer la finale en République-Tchèque, contre Hradec Kralove… Dans la ligue Tchèque, l’équipe de Prague est au-dessus, il n’y a pas vraiment de concurrence face à nous… Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs… Et vraiment, c’est une chose qui m’a frappé la première année où j’ai joué ici… J’avais énormément de respect pour le basket Tchèque parce qu’il avait une sacrée génération… Moi je me suis tout le temps battu contre cette nation lorsque j’ai commencé avec l’équipe nationale… C’était des matchs pour les ¼ de finales, les ½ finales… Il y avait la Russie, la République-Tchèque… Et là maintenant, ils ont disparu ces dernières années… Quand je suis arrivée ici et que j’ai découvert le niveau de la ligue Tchèque, j’étais très étonnée… Elles sont grandes, physiquement ça va… Ils ont le concept du basket… Mais à l’heure actuelle, je ne sais pas ce qu’il s’est passé pour en arriver là… Mais vraiment, j’en parle avec les coachs d’ici, les joueuses… Ils avaient une sacrée génération, et quand elles ont commencé à arrêter, ça c’est fini… Pourtant, pour nous en Espagne, on a eu des super générations, mais après on en a eu d’autres… On ne s’est pas arrêté, on a continué à écrire notre histoire.

PB : Mais du coup, en tant que joueuses, ce n’est pas un peu frustrant ? Concrètement, vous jouez l’EuroLeague, le championnat reste une formalité…

LP : Oui… Totalement… Au final, tu ne joues pas… Tu fais un match par semaine… Ça va, mais tu ne tiens pas le rythme… Après personnellement, je crois que pour moi, ça m’a aidé… C’est un match par semaine quoi… On joue aussi la ligue Tchèque, mais physiquement et mentalement ça ne te fatigue pas trop… Du coup, parfois c’est bien, tu as le temps de bien préparer les matchs de l’EuroLeague… Mais à contrario, parfois on n’est pas dans le rythme.. . Par exemple là pour le Final Four, ça faisait un mois que l’on n’avait pas joué… Enfin on avait joué des matchs, des ¼, des ½ de la ligue Tchèque… Mais ce n’est pas du tout le même niveau… Du coup quand on rencontre Koursk on se dit : « A ouais, c’était comme ça… C’est ça le niveau… » (Rires).

PB : On arrive donc au fameux sujet… Ton choix de prendre ta retraite… C’est une décision murement réfléchie ?

LP : Ce n’est pas un truc qui m’est arrivé comme ça… Je ne me suis pas réveillée un jour en me disant : « Oui, allez, c’est fini… ». Non, ça fait longtemps que j’y pensais… Mais je ne sais pas trop comment l’expliquer… La seule chose que je savais, je voulais m’arrêter au niveau de Laia Palau… Je ne voulais pas continuer si je ne pouvait pas être à mon niveau. Mais pour être à mon niveau, il faut de l’entrainement, il faut jouer tous les jours… Je pense que je suis fatiguée en fait (Rires). Mais franchement, j’aime bien le basket, je joue, mon corps va bien, je suis bien… Je n’ai pas de blessures, tout va bien, mais j’ai envie de faire des autres choses…Je sais déjà jouer au basket… Je suis arrivée ou je suis, mais la maintenant je peux essayer de faire d’autre chose.

PB : Et donc, l’an prochain, tu rejoindras l’Australie pour ne pas t’arrêter d’un coup ?

LP : Ouais… C’est mon plan d’aller là-bas… Je n’arrêterai pas de jouer comme ça, parce que oui j’aime bien jouer au basket et je pense que ça va je peux le faire… Mais j’ai envie d’utiliser le basket pour pourquoi pas faire autre chose… C’est une opportunité, ça me plaît, et en plus j’ai énormément de respect pour le basket Australien. C’est sur qu’ils travaillent bien, les joueuses sont très fortes… On le voit avec l’équipe nationale d’ailleurs. Et même si le championnat n’est pas le niveau de ceux de l’Europe, j’ai envie d’aller là-bas, de vivre là-bas. On le disait précédemment, si moi je suis Laia Palau et que je continue de jouer en EuroLeague, en équipe nationale… Je devrai être ici et faire ce que j’ai fait pendant des années… Si je vais en Australie, il y aura peut-être des moments où je pourrai faire autre chose… Il n’y aura pas juste le basket.
Il y aura surement moins de pression, peut-être moins d’entrainements… En plus, le championnat est cours… Il dure 6 mois et après j’ai six mois pour pourquoi pas commencer d’autres projets, et voir ce que j’ai envie de faire.

PARLONS DE L’ÉQUIPE NATIONALE

PB : Tu as énormément de sélections en équipe nationale (nous n’avons pu retrouver le nombre exact), on peut clairement dire que tu es l’une des légendes de la sélection Espagnole. Ton palmarès y est d’ailleurs très impressionnant… Tu as notamment participé à six Championnats d’Europe (pour lesquels tu as remporté cinq médailles), quatre Championnats du monde (pour deux médailles) et tu as participé à deux Olympiades (dont une médaille l’été dernier). Que retiens-tu de tous ces étés passés en sélections ?

LP : Les Jeux Olympiques… C’est facile. Mais en même temps, c’est bizarre de dire ça quand tu sais que tu as fais la médaille d’argent au championnat du monde en 2014… C’était un moment énorme, avec un niveau de compétition peut-être même plus élevé que lors des Jeux Olympiques… Mais les JO, c’est un peu le glamour quoi… (Rires). Et je pense certainement ça car ça m’est arrivé quand ça devait m’arriver… C’est arrivé à la fin de ma carrière, et c’est un truc qui m’a clairement fait penser à m’arrêter. J’ai ressenti que oui, on avait tout fait en fait !
Maintenant, ça n’empêche pas que cet été je veux gagner la médaille d’or (Rires). Mais, oui les Jeux Olympiques c’est quelque chose d’important…
Mais même, l’EuroLeague pour moi, c’est quelque chose de très important… C’est un aboutissement de huit mois, tu travailles toute l’année en club, c’est l’équipe quoi.. L’équipe Nationale, c’est important, mais c’est qu’un mois de travail… Ça passe super vite… Et même si les Jeux, « c’est le titre de ma vie », que la sélection c’est 14 années de ma vie j’aime trop y aller, l’EuroLeague c’est quelque de spécial… Quand je me souviens celle remportée ici (à Prague, en 2015), c’était quelque chose de magique… Celle avec Valence, c’était également super. C’était le projet d’un club… Ça faisait six ans que l’on travaillait pour ça… Et quand on l’a gagné, ça a été un moment très spécial. :).
Mais c’est vrai que parmi tous ces titres, y compris la médaille d’or qu’on a remporté en France en 2013, si je ne dois en retenir qu’un, ce sera les Jeux … Mais au fond j’ai tellement de souvenirs…

(Crédit photo : FIBA)

PB : En 2014, à la suite de la retraite sportive de Amaya Valdemoro, Lucas Mondelo te nommes Capitaine, qu’est ce que cela a représenté pour toi ?

LP : Outch… C’était un peu de pression… Je devenais la capitaine de l’équipe Nationale quoi… Et en plus le faire après Amaya… C’était un joli cadeau (Rires). Mais en même temps je pense que j’avais l’âge, l’expérience pour… En plus, j’avais été la capitaine de Valence, de Barcelone, ce n’était donc pas un truc nouveau… Et je pense que c’était bien, la génération qui arrivée, enfin elle était déjà là avant, avec Anna Cruz, Silvia Dominguez, Alba Torrens, Marta Xargay…,  était entrain de grandir. Par exemple, Anna Cruz et Silvia Dominguez étaient déjà la quand je jouais à Barcelone, c’était les cadettes… On parle le même basket… Ça n’a donc pas du tout été un soucis d’être la capitaine de cette équipe… On se connaissait déjà… Ce n’était pas difficile à gérer. C’est des sacrées joueuses, mais en même temps elles sont toujours d’accord sur ce que l’on doit faire, sur la manière de le faire… C’est facile d’être face à de telles joueuses.

PB : On en parlait un peu avant… Il y a une vraie rivalité entre l’équipe de France et l’équipe d’Espagne… Penses-tu quelle soit seine ?

 LP : Pour ma part, je pense que cette rivalité est vraiment très seine. Sur le terrain, tout le monde va se battre, mais la rivalité est seine. Pour moi, jouer contre Céline (Dumerc), ça fait toujours quelque chose… (Rires). Elle me pousse à élever mon niveau, à être meilleure, et c’est vraiment très important pour moi. Je respecte beaucoup le basket Français, et je pense même que l’Espagne en général le respecte beaucoup. Une fois c’est vous, une fois c’est nous… C’est comme ça, on n’a pas peur, on se respecte beaucoup… Tous les matchs contre la France sont compliqués. C’est une équipe qui défend bien et ça nous va pas, physiquement c’est fort, les Bleues sont carrées dans leur jeu, nous on est un peu plus folles… (Rires). Nous on peine face à la France, et inversement. C’est d’ailleurs très bien… C’est deux styles de jeu opposés, mais j’aime bien jouer contre la France… Enfin j’aime bien… Je préfère ne pas tomber face à elles jusqu’à la fin si c’est possible… (Rires).

PB : Cet été, l’Euro se déroulera à Prague dans la ville où tu évolue maintenant depuis deux ans. Tu as annoncé mettre un terme à ta carrière internationale à cette issue. C’était pour toi une belle manière de boucler la boucle

LP : Un peu oui… Je suis contente que ça se passe ainsi… Après les JO, j’avais dis que j’allais arrêter… Mais il est vrai qu’avec la Fédération, les coaches, les filles de l’équipe, tout le monde voulait que je continue, je me suis vraiment sentie soutenue… C’est Prague la dernière destination et c’est très bien. Je m’arrête ici, je dis adieu à Prague, à la ville, au club, à tout :d. C’est un très beau cadeau. 

PARLONS DU FINAL FOUR… TON DERNIER FINAL FOUR

PB : En demie, vous faites un match très sérieux face à Koursk… Vous les faites parfaitement douter, vous accrochez les prolongations… Mais malgré tout ça, y a de la déception ? Qu’est ce qui vous a manqué ?

LP : Oui, il y a de la déception. Clairement, je n’aime pas perdre… Mais en même temps, je pense qu’on a fait ce qu’il fallait faire. On a fait le boulot… Je ne peux dire qu’on doit regretter des choses sur notre prestation… On a fait tout ce que l’on a pu. Le but pour le club c’était d’être au Final Four… Donc déjà d’être là-bas c’était quelque chose d’important pour moi, d’être parmi les 4 meilleurs d’Europe… C’était quelque chose de difficile pour nous, mais on été la… Contre Koursk a un moment, on a le match pour nous à la fin… Je ne parle pas des prolongations puisque Sonja Petrovic était dehors (sortie pour 5 fautes). Donc on a pas de regrets à avoir… Contre Ekaterinbourg, c’était Ekaterinbourg. On était fatiguée, on a quand même réussie à les faire douter. Donc pour ma part, je suis contente. J’ai pas fini en gagnant, mais c’était émouvant, j’ai fini en me battant sur le terrain.

PB : Finalement, sur ce Final Four, on peut-dire que l’Espagne a été plutôt bien représentée avec (Alba & Sancho, Cruz et Mondelo, Xargay et toi).

LP : Oui oui (Rires). C’est ce qu’on nous dit… On doit partir du championnat espagnole ou le niveau n’est plus aussi élevé qu’avant… Mais maintenant les joueuses espagnoles c’est un produit exportable. Il y a Christina Ouvina à Orenbourg, Nuria Martinez et les coachs (à Schio par exemple), Silvia Dominguez et Laura Gil à Salamanque, etc. On occupe différentes position à très bon niveau.

(Crédit photo : FIBA)

 Toute l’équipe de Parlons Basket Féminin remercie Laia pour sa gentillesse, pour le temps qu’elle nous a accordé pour répondre à nos questions (qui plus est, en français), on lui souhaite de très belles choses pour l’avenir.

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