Cela fait une semaine que Virginie Bremont a, une nouvelle fois, soulevé le trophée de Champion de France. Alors que la saison de Villeneuve d’Ascq a été fait de hauts et de bas, comment cela s’est-il passé de l’intérieur ? La jeune meneuse de l’ESBVA revient pour nous sur la saison et la soirée magique du titre.

PBF : Bonjour Virginie, peux tu te présenter rapidement à nos internautes et nous parler un peu de ton parcours ?

Virginie Bremont : J’ai 28 ans et je suis meneuse à Villeneuve d’Ascq. J’ai commencé le basket à l’âge de 4 ans à Cuvier, un club de Calais où mon père m’entraînait d’ailleurs ! Après je suis partie au COB Calais, la plus grosse équipe de Calais, et ensuite j’ai fait le CREPS à Wattignies pendant deux ans. Après j’ai fait Armentières pendant 3 ans, Montpellier pendant 4 ans, et là je viens de faire ma troisième année à Villeneuve d’Ascq.

PBF : Votre saison a été particulièrement mouvementée. Alors que tout le monde misait sur Villeneuve d’Ascq, dès l’Open vous vous faites surprendre… Comment le vivez-vous à ce moment la ?

VB : J’ai l’exemple de ma première année à Villeneuve, il y a trois ans donc en 2014, c’est l’année où l’on remporte l’EuroCup et on va quand même en finale. Pourtant on avait perdu le premier match à l’Open et le second contre Charleville donc bon… (Rires). Donc avec cette expérience là, ça ne m’a pas alarmé toute suite. Après, il est vrai que pendant les trois premiers mois ça a été un peu plus compliqué, enfin jusqu’à Noël en fait où l’on se retrouve septièmes au classement… Là, c’est la grosse surprise, tout le monde nous enterre un peu, ça parle un peu de partout… Et forcément on ne peut pas les empêcher de parler parce que sur le moment, on ne prouve rien en fait. Après, il y avait une chose qui était sûre… C’est qu’on avait des joueuses de qualités, individuellement, mais que le groupe n’arrivait pas forcément à prendre au niveau du collectif. On a essayé de se parler entre nous, de parler aussi avec le coach. C’est jamais facile à gérer tout ça… On avait un groupe où n’importe quelle joueuse pouvait être dans le cinq majeur de chaque club en fait… Je pense donc qu’il était difficile pour certaines de commencer le match sur le banc, ou de jouer un peu moins… Et puis forcément, on est des filles, on est pas pareilles que les mecs, donc on psychote un peu plus, on se pose des questions… Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi je ne joue pas ? etc… Après, je pense qu’à partir de janvier où l’on n’a perdu qu’un match en championnat à Montpellier, le groupe a réussi à se souder.  Chacune a réussi à mettre de « l’eau dans son vin » et à se dire « mais franchement, on est capable de l’avoir ce titre, on a l’équipe pour cette année ». Petit à petit, les victoires sont arrivées, enfin en championnat car en EuroLeague c’était un peu plus compliqué… (Même si l’on a pas à rougir de notre saison européenne). Le championnat de France était vraiment un objectif et je pense qu’on a réussi à se le mettre en tête durant la deuxième partie de saison.

PBF : Comme tu le dis, il y a eu des hauts et des bas durant la saison… À partir de janvier, tout va mieux… Et finalement à un moment charnière, fin janvier, vous remportez le match face à Charleville (qui était actuellement 1er avec Montpellier) d’une vingtaine de points, sans Olivia Epoupa, Valériane Ayayi, alors que Mame-Marie Sy Diop et Marielle Amant étaient diminuées par quelques douleurs…

VB : C’est malheureux de dire ça en fait, mais il est vrai que cette année, à chaque fois qu’on avait une blessée dans l’équipe, et bah d’une certaine manière, on jouait beaucoup mieux ensemble. Je pense qu’il n’y avait pas ce problème de temps de jeu. Après on est d’accord que personne ne peut tenir 40 minutes à 200% sur un match, mais ça ne nous empêche pas quand même d’y penser (Rires). Du coup, à chaque fois qu’il y avait des blessées, on a fait des gros gros matchs… Mais en finale, on a quand même été au complet et on a fait des gros matchs… (Rires).

(Crédit photo : FIBA)

PBF : Tu en parlais juste avant en disant qu’en EuroLeague, même si vous n’aviez pas à rougir de votre parcours, vous aviez galéré… Pourtant, notamment dans la première partie de saison, tout semble fonctionner sur la scène européenne… Vous accrochez Ekaterinbourg à domicile avant que Diana Taurasi ne tue le match, vous l’emportez face à Salamanque (alors qu’à ce moment là, elles sont invaincues)… Etc. Penses tu qu’inconsciemment vous vous êtes plus focalisées sur les matchs du mercredi ?

VB : Pas vraiment… Après je pense qu’en France, les équipes et les joueuses se connaissent. Les coachs connaissent également bien mieux les joueuses, et je pense qu’ils travaillent beaucoup plus sur les qualités des joueuses afin d’essayer de les arrêter… En EuroLeague du coup comme on ne te connait pas forcément… Je ne sais pas si tous les coachs d’EuroLeague font des vidéos focus sur telle ou telle joueuse, donc je pense que tu peux un peu plus jouer sur tes qualités sans qu’on ne te stoppe forcément… Après, non on ne s’est pas focalisées sur les matchs d’EuroLeague parce qu’on savait que l’objectif c’était le championnat… De plus, même si ça n’a pas pris tout de suite, les matchs d’EuroLeague nous ont aidé pour la suite pour préparer les gros matchs… Tu es forcément obligée d’être à 200% en fait. Mais il est vrai que ce début de saison était compliqué… Même nous, on avait pas spécialement les réponses à ses questions… Un début de saison en demi-teinte quoi… Comment tu peux battre Salamanque, Orenbourg et après galérer contre une équipe du championnat de France… (Rires). À ce moment là de la saison, on avait vraiment pas les réponses…

PBF : Vous voilà en Playoffs, la logique est respectée, vous l’emportez en deux matchs face à Mondeville, et derrière, deux matchs de fous face à Charleville… Le premier vous l’emportez après avoir été derrière au score pendant l’ensemble de la rencontre… Le second, c’est la situation inverse… Vous menez largement pendant la quasi totalité de la rencontre, mais les Flammes poussent, reviennent et Kaleena Mosqueda-Lewis manque le shoot de la gagne…

VB : Ouais… À ce moment-là on se dit ouf… (Rires). C’est un peu la shooteuse de la Ligue Féminine je pense… On l’avait surnommée la « Gachette ». À ce moment-là, notre respiration se coupe… Et on attend juste que le ballon ne rentre pas dans le panier…
Après pour revenir sur le quart, c’est vrai que la logique est respectée… Mais Mondeville a bien tenu les deux matchs, on a pas gagné si facilement que ça… On avait passé les quarts, on était bien. Charleville, on avait perdu là-bas en championnat en début de saison, on avait gagné chez nous… Pour la demie là-bas, on est à moins 11 à la mi-temps… Alors qu’en match de championnat on était à plus 10 et on avait perdu… Au final, là on était dans le sens inverse mais tu te dis que tu as fait un gros Hold-up quand même ! Pourtant Charleville n’a vraiment rien à se reprocher… Elles nous ont vraiment embêtées jusqu’au bout et elles nous ont vraiment faites douter sur les deux matchs. On peut par exemple parler de leur remontée au match retour où nous sommes à plus 20 à la mi-temps… Et là tu flippes un peu quand elles reviennent car tu sais qu’en championnat pendant quasiment toute la saison, le troisième quart-temps n’a jamais été bon pour nous… Sauf en finale (Rires).

PBF : Vous voilà en finale. Dès le premier match, vous l’emportez sur le parquet à Montpellier, avec la manière on peut le dire… Le match deux est plus serré, mais il est en faveur de Montpellier… Quand vous repartez du Sud à 1-1, qu’est ce que vous vous dites, vous êtes rassurées d’une certaine manière car vous savez que les deux suivants sont chez vous ?

VB : Le premier match, c’est clair qu’on fait un gros boulot… On le dit toujours, une finale ça ne se joue pas, ça se gagne… On avait vraiment à coeur de gagner dès le premier match. On savait qu’elles étaient fatiguées, mais ça, on ne voulait pas se le dire parce que derrière tu peux vraiment tomber dans un faux rythme, dans un piège d’une certaine manière. Montpellier, c’est les spécialistes pour t’endormir… Je connais bien Valé (ndlr : Valéry Demory) et ses différentes défenses pour te faire déjouer… Le deuxième match, il reste chez elles, elles se sont réveillées, elles ont mis plus d’intensité. On perd de deux points donc ce n’est pas une raclée, et surtout tu en as déjà gagné un. Tu sais derrière que tu joues deux fois chez toi avec ton public, tu es dans ta salle avec tous tes amis, ta famille, tes supporters… Et on sait tous qu’à Villeneuve ils sont là tout au long de la saison mais là sur les deux matchs des finales, ils étaient ÉNORMES.

PBF : Et voilà le match 4, dans un Palacium en feu… Parle nous de la soirée.

VB : C’était juste énorme. La salle est en feu, les supporters sont en feu, mais ils l’étaient déjà deux heures avant le match… Ils étaient déjà là avant que les joueuses n’arrivent sur le terrain (Rires). C’est énorme. Nous on est déjà super contentes et on voit que les supporters et notamment les Z’Hurlants sont aussi, voir PLUS contents que nous… Ils font un boulot de malade, et nous c’est notre manière de les remercier du coup…
Et puis derrière, l’engouement qu’il y a eu sur le terrain où dès la fin du match tout le monde est là, tout le monde est content, tout le monde veut prendre des photos… C’est vrai qu’au final, tu as même pas de mots, tu as juste de la joie, du bonheur. Forcément, moi qui suis de la région il y avait mes amis, ma famille… C’est énorme, et c’est un titre de Champion de France quoi.

(Crédit photo : Cl0_11)

PBF : En 2014, tu remportes un premier titre de Championne de France avec Montpellier, 3 ans après tu remets ça avec Villeneuve d’Ascq, mais comme tu le dis, tu es ici dans ta région… Mais le premier titre reste le premier, alors au final, peux-tu nous dire quel titre t’a le plus marqué ?

VB : Le premier reste le premier… (Rires). La saison où l’on a remporté le titre avec Montpellier était géniale. Après l’engouement qu’il y a eu autour du second avec le meilleur public d’Europe, car il faut le dire, on n’a pas le meilleur public de France, mais celui d’Europe… Forcément ça laisse des traces… Mais il n’y en a pas un qui est plus important que l’autre. Je dois quand même dire que cette saison a été tellement compliquée qu’à la fin tu es vraiment content, mais à Montpellier c’était vraiment pas mal aussi… De toute façon, actuellement il y en a deux, mais si il peut y en avoir un troisième, ça sera autant de joie que les deux premiers… (Rires).

Pour la suite, nous avons contacté le Fan Club de Virginie pour que ses supporters puissent lui poser quelques questions :

PBF : Avant toutes choses, parlons un peu de Kevin, qui est à l’origine de ton fan Club… On ressent une véritable proximité avec lui, et un respect mutuel entre vous…

VB : Je pense que je suis comme ça en fait… Je suis énormément sociable avec les gens, j’adore être avec les enfants… Les voir te regarder avec des étoiles dans les yeux, c’est beau… Après ça m’a toujours fait bizarre parce que je suis une personne comme tout le monde (Rires). Mais pour moi, c’est super important d’être proche de son public.
Finalement, Kevin au tout début c’était un gamin comme un autre, un petit qui me demandait des photos, qui me demandait de signer… Emy, sa maman était au club au moment où je jouais à Montpellier… Donc mine de rien, tu discutes et au bout d’un moment tu le reconnais le petit Keke. Il y a toujours eu ce respect… Après Kevin a toujours été mature, quand il avait 10/11 ans, j’avais l’impression qu’il en avait 14 dans sa tête. Il a fait mon Fan Club quand je suis arrivée à Villeneuve.
Ça me touche car je me dis que je ne suis plus dans la région, que je ne suis plus à Montpellier mais au final, même à 1000 km, il pense toujours à moi, il est toujours aussi fan et on se parle toujours autant… Quand je viens en vacances, on passe du temps ensemble, c’est comme un petit frère, enfin j’en ai déjà un je veux pas qu’il le prenne mal, mais je considère Kevin comme la famille quoi… C’est une famille de coeur.

PBF : Et donc, comment lui est venu l’idée de créer ce Fan Club ?

VB : Il est venu me voir lors de ma dernière saison à Montpellier et il m’a dit qu’il avait une chose à me demander : « il y a plein de joueuses qui ont des fans clubs, et je ne vois pas pourquoi toi tu n’en aurais pas… Est-ce que je pourrais en créer un et m’en occuper ? » Je ne suis pas trop réseaux sociaux, donc je lui ai dit, si ça te fait plaisir, il n’y a aucun problème pour moi. Sa maman est venue me parler, elle m’avait dit que Kevin ferait les choses, mais qu’elle serait derrière pour tout contrôler. Sa soeur aussi est sur le coup, elle fait les photos, les montages… C’est un travail de famille (Rires).

(Crédit photo : Cl0_11)

Teddy Vial : Si tu n’avais pas fait du basket, est-ce que tu aurais voulu faire un autre sport professionnel ? Si oui, lequel et surtout penses-tu que cela aurait été faisable ? 

VB : Quand j’étais petite je jouais beaucoup au football avec mes copains de quartiers… (Rires). J’aimais bien le foot et le ping-pong en fait.
Le foot, ça aurait peut-être été faisable comme je jouais qu’avec des garçons, je m’étais déjà brieffer un truc. Après au niveau professionnel, je ne sais pas mais avec un peu de travail, ça aurait peut-être pu le faire :). 

Daniel Duchene : Qu’as tu appris tout au long de cette saison ?

VB : Je pense que j’ai beaucoup appris sur mon mental, je me suis rendu compte que j’avais un mental de « fou ». (Rires). Forcément derrière, il y a eu des hauts et des bas mais on peut dire qu’on a appris que rien n’est jamais perdu d’avance. À Noël, on est 7ème, cinq mois plus tard on est champion de France… Au basket, rien n’est jamais perdu… Le classement reste le classement, dès le début de saison il était très serré. Il ne faut jamais s’enterrer trop vite, ne jamais rien lâcher et continuer de travailler, même dans les moments où ça ne va pas pour penser au positif.  

 

Fred Dusart : Quand ton coach inverse le tableau des fautes d’équipe avec l’adversaire et te demande d’en faire une alors que cela va donner deux lancer-francs à l’adversaire, que te dis-tu sur le moment ?

  1. Il est bourré ?
  2. Il a pas mis ses lentilles ?
  3. Il se fout de moi parce que je suis blonde ?
  4. Il veut rajouter du suspens au match pour nous crier dessus à la mi-temps ?

VB : Alors sur le moment aucun de ces quatre choses là. (Rires). D’ailleurs je lui ai déjà dis. Ça faisait deux minutes qu’il nous demandait de faire faute, c’était déjà le cas à l’action précédente… On était sur l’autre partie de terrain et je l’entendait tellement crier qu’il fallait faire faute que je me suis dis qu’il était sur de lui… Donc je fais faute… Quand je vois l’arbitre annoncer deux lancers… Je me suis transformée intérieurement, en plus je suis sortie et Fred regardait encore le tableau d’affichage et les arbitres… Et moi j’étais à coté, je lui hurlais dessus en lui disant : « T’es sérieux, mais qu’est ce que tu fais ? Pourquoi tu m’as dis de faire faute… » Il était tellement bloqué sur le tableau, que je lui ai fait une petite tape sur l’épaule en lui disant : « Oh, tu m’écoutes » (Rires). J’étais tellement énervée, mais en rentrant dans les vestiaires il a directement dis que les deux derniers lancers-francs étaient pour lui car il avait inversé le tableau d’affichage.

Franck Le Borgne : As-tu déjà pensé à l’après basket ? Que souhaites-tu faire ?

VB : J’ai passé mon Bac en spécialité Marketing et après je suis devenue pro direct car Armentières était en ligue. C’était dur de continuer avec les deux entrainements par jours… À Montpellier, j’ai passé par correspondances mes diplômes en petite enfance. Je les ai eu, et je pense que j’aimerai bien m’occuper des enfants plus tard. Je ne pense pas restait dans le milieu du basket, mais je pense aussi à la possibilité de devenir coach sportif, j’aime bien courir, faire les abdos, du gainage… Donc à voir, mais pourquoi pas faire les deux aussi… :). Je sais que j’ai des bagages pour après, c’est super important, car il n’y a pas que le basket qui compte. Quand ça se termine, ça se termine…

Maxime Delval : Comment vis-tu les non-sélections en équipe de France, alors que tout au long de ces dernières années tu as été particulièrement décisive en Playoffs. ? Est-ce une source de motivation pour toi ?

VB : C’est le choix des coachs, tu ne peux en aucuns cas aller à l’encontre. Dans les clubs où je suis, je suis bien, je fais mon taff. Si j’ai une reconnaissance derrière en équipe de France, tant mieux. Maintenant, si j’y suis un jour c’est super. Ce n’est pas ma motivation première pour être décisive en playoffs ou autre, ce que je veux c’est être bien dans mon club, d’apporter mon expérience. La motivation vient juste de moi-même, de mon mental.

Toute l’équipe remercie très chaleureusement Virginie Bremont pour le temps qu’elle nous a accordé. Et nous réitérons une nouvelle fois nos félicitations pour ce titre de Champion de France.