Après une belle saison à Trikala (Grèce), Angelo Tsagarakis vient d’entamer la Coupe du Monde 3×3 avec ses coéquipiers. Jeudi dernier (13 Juin 2017), nous avons pu nous entretenir avec lui afin qu’il réponde à quelques questions.

Parlons Basket : Angelo, donne-nous de tes nouvelles, comment vas-tu ?

Angelo Tsagarakis : Je vais bien, merci. Content d’être enfin arrivé à Nantes car la prépa en République Tchèque commençait à être un petit peu longue. Ca fait du bien d’arriver enfin ici, ça permet de se mettre dedans et de saisir que le moment arrive. Donc très content d’être là, et puis je me sens plutôt bien. Il nous reste quelques jours pour être fin prêts avant le début de la compétition. 

P.B : Lors de notre dernier entretien il y a deux ans, tu étais encore à Boulogne. Depuis tu as bougé : tu es passé par Vichy, puis par Trikala en Grèce.

A.T : Oui, j’ai un peu bougé. Je suis parti de Boulogne après deux ans là-bas, je suis allé à Vichy-Clermont, et cette année j’ai vécu ma première saison en Grèce, qui s’est très bien passée. C’était la possibilité de me rapprocher de mon héritage culturel et d’être géographiquement près de mon père. C’était quelque chose très important pour moi et ça a rendu l’expérience encore plus savoureuse car humainement c’était assez spécial. Je suis vraiment satisfait d’avoir pris cette décision. Ca m’a donné l’opportunité de redécouvrir mon métier, avec une nouvelle méthode de travail et un championnat différent.

P.B : Justement, le style de basket grec te convient-il mieux que le style en France ?

A.T : Non, pas forcément. Même en France, j’ai joué pour des coachs super défensifs comme Nikola Antic, ou à l’opposé des coachs offensifs comme Germain Castano, et je me suis toujours très bien exprimé peu importe le système dans lequel je jouais. J’étais aussi efficace dans l’un que dans l’autre. Le basket pratiqué [en Grèce] est différent, mais au niveau de mon bien-être sur le terrain, de l’efficacité que je peux avoir en tant que pro, ça ne me posait aucun problème, je n’ai pas de préférence et ça n’a pas fait de différence pour moi.

P.B : Qu’en est-il de ce qui se passe autour du basket là-bas ? Les supporters, l’engouement… Est-ce que ça change de la France ?

A.T : Déjà, le championnat grec est plus fort que le championnat français. Je pense que la Pro A est plus homogène, il y a davantage de bonnes équipes, on le voit bien quand on regarde le classement et les potentiels champions chaque année. Le niveau global est très intéressant, mais la Grèce est 5ème au classement FIBA et la France 6ème, et les résultats de cette année vont confirmer ça avec l’hégémonie de l’Olympiakos et du Pana en Euroleague, AEK qui est allé en quart de finale de la Champions League… Donc dans la puissance intrinsèque, le championnat grec est meilleur mais moins homogène. Pour ce qui est de l’engouement, de la culture basket, ce n’est pas comparable à ce qu’on trouve en France, les supporters grecs sont un ton au-dessus. Il y a quelques clubs français ou l’engouement et le fanatisme sont intéressants (Chalon, Gravelines…), mais en Grèce c’est un niveau incomparable.

P.B : Cette saison, vous terminez 10ème du championnat, comme l’année dernière.

A.T : On a fini à la même place, mais on était à un match des playoffs, et c’est la première fois que le club gagne dix matchs dans la saison. Donc c’est la meilleure saison de l’histoire du club. Sur un plan collectif, on a excédé les espérances des dirigeants, notamment parce qu’on avait le plus petit budget du championnat et la plus petite masse salariale, et on a réussi à déjouer les pronostics et à frôler les playoffs. C’est très satisfaisant au niveau collectif.

P.B : Au niveau personnel tu as tourné à 10 points de moyenne cette saison. Satisfait ?

A.T : Oui. J’ai fini dans le top 5 des marqueurs grecs du championnat, donc c’est satisfaisant. Je pense que j’aurais pu faire encore mieux. J’aurais aussi pu faire moins bien, alors je vais relativiser, même si je suis un perfectionniste de nature. Pour une première année, je peux n’être que satisfait puisque la réussite individuelle a été aussi révélatrice du succès collectif qu’on a eu. Je suis satisfait en tous points, et ravi de mon année en Grèce.

P.B : Evoluer face à des monstres du basket comme Spanoulis, Printezis et consorts, est-ce que ça te fait quelque chose en plus ? Ces matchs sont-ils particuliers ?

A.T : J’attendais cette opportunité depuis un bon moment. Je l’ai approchée avec beaucoup de simplicité. Je n’avais ni pression ni motivation particulière. J’abordais les matchs comme je les aborde en temps normal. C’est vrai que c’était super intéressant, d’autant que j’ai été frappé par la simplicité de ces mecs-là. Ils ont été plutôt agréables à mon égard quand je faisais de bons trucs, comme quand j’ai mis 15 points contre le Pana. Ils sont compétiteurs et simples. Papanikolaou me rappelle Brandon Roy que j’avais côtoyé à l’université, un mec super talentueux mais humble sur le terrain, et classe avec l’adversaire. Spanoulis ne bronche pas, il ne dit pas un mot, est super intense et à fond dans son match, peu importe l’adversaire. On voit que ce sont de grosses cylindrées mais qui respectent l’adversaire en toutes circonstances. C’est d’ailleurs révélateur de ce qu’on avait réussi contre le Pana : on perd de quatre points mais on avait failli les battre, avec un shoot pour passer devant à une minute du terme. Bref, c’était vraiment une belle saison.

P.B : Justement pour finir avec la Grèce, quid de l’année prochaine ?

A.T : La grande probabilité est que je reste en Grèce. Je n’ai pas encore signé, j’ai des contacts bien entendu. Des touches existent parmi les plus grosses écuries, mais il faut prendre en compte la situation financière de tous les clubs. L’Aris est par exemple en délicatesse, donc ça n’est pas forcément une bonne idée d’aller dans ce genre de clubs, où tu peux vite te retrouver avec des retards de paiement. J’ai des offres de contrat sur la table, mais les clubs savent aussi qu’avec la saison que je viens de faire je ne suis pas dans un stress de signature immédiate. J’ai aussi envie de donner une opportunité au marché français de proposer quelque chose, avec un club ambitieux ou un bon projet. Et puis le marché grec commence plus tard, donc ça m’arrange ! Début juillet j’y verrai beaucoup plus clair en ce qui concerne la Grèce, et qui sait, j’aurai peut-être des surprises en France. Mais ma priorité reste la Grèce. Pour que je revienne en France il faudrait vraiment un projet solide dans un bon club, sans quoi je ne vois pas l’intérêt de revenir. J’ai vu ce que j’avais à voir en France. Et puis la qualité du championnat et la qualité de vie sont à mon sens meilleures en Grèce, donc c’est ce que je privilégie en termes de continuité. Mais encore une fois, le marché français est une possibilité concevable et je veux voir ce qui m’y est proposé. Je dirais que c’est du 90-10.

Parlons 3×3

P.B : On va passer à l’autre grand axe de cet entretien, à savoir le 3×3, dont tu es spécialiste. Le 3×3 prend de plus en plus d’importance, puisqu’il entre aux JO 2020.

A.T : Ca fait un moment qu’on en parlait, c’est enfin confirmé, c’est top.

P.B : La coupe du monde débute à Nantes ce samedi. Tu y es présent avec Dominique, Charly, Charles-Henri. J’imagine que vous vous attendiez tous à jouer ensemble ?

A.T : A la base on devait repartir avec Maxime Courby, qui a décliné à la grande surprise de tout le monde. Il a ses raisons, on n’en a pas discuté mais pour refuser une coupe du monde je me doute qu’il avait ses raisons. Ca nous avait mis un petit coup sur la tête, on était un peu déçus car on a une vraie camaraderie qu’on aurait voulu retrouver. Mais on s’est adapté, et le petit Charlie que j’affectionne beaucoup s’est très bien adapté. Il apporte des qualités différentes de Max, mais on est tout aussi compétitifs. En 3×3 il faut une vraie capacité d’adaptation dans le jeu, alors c’est logique qu’on l’ait aussi dans la construction d’équipe et les aléas qui se présentent parfois. Je suis confiant vis-à-vis de nos chances et j’aime le jeu que l’on propose avec cette nouvelle configuration.

P.B : Qu’est-ce que ça te fait de te dire que tu vas jouer cette coupe du monde en France ?

A.T : C’est un grand plaisir de pouvoir être à la maison, sachant qu’on aura la couverture médiatique qui permettra aux proches de pouvoir regarder tout ça, de pouvoir suivre. Pour moi c’est aussi une revanche personnelle, car j’avais eu un pépin physique lors de la première coupe du monde en 2012 et j’avais dû laisser ma place au dernier moment. C’était en plus à Athènes, donc ça m’avait brisé le coeur. J’ai cette revanche à prendre, surtout que les copains avaient chopé la médaille d’argent à Athènes, et moi je pense que l’or était jouable, alors j’ai bien envie de corriger le tir.

P.B : Pour corriger le tir justement, honnêtement, est-ce que tu penses que vous avez vos chances d’aller la chercher cette médaille d’or ?

A.T : Bien sûr ! On a des chances tout à fait légitimes. Déjà de par la connaissance que j’ai de nos adversaires. Il faudra se démener, mettre les tripes et le coeur sur le terrain, mais au niveau de la qualité intrinsèque basket on a tout ce qu’il faut pour pouvoir réussir un résultat à la hauteur de nos ambitions, il n’y a absolument aucun doute. Après en 3×3 ça n’est pas forcément le meilleur qui gagne. L’adresse à trois points est encore plus valorisée que dans le basket normal…

P.B : C’est pas trop un problème pour toi ça !

A.T [rires] : Pour moi, individuellement, on va dire que c’est quelque chose qui rentre parfaitement dans mon profil de jeu. Après, les conditions de jeu sont différentes aussi, il y a un esprit streetball qui n’a rien à voir et qui peut avoir un impact. La fraicheur physique est aussi importante, avec l’accumulation des matchs. Il y a beaucoup de facteurs qui rentrent en compte. On a ce qu’il faut, d’autres équipes auront ce qu’il faut. Ca va être un vrai combat, j’ai hâte d’y être.

P.B : Parlant d’autres équipes, est-ce qu’une d’entre elles te fait peur ?

A.T : Je n’ai peur de personne, mais je respecte toutes les équipes. On connait notamment la qualité de l’équipe serbe championne du monde en titre, des Slovènes, Roumains… L’Ukraine est très physique avec 3 mecs à plus de deux mètres et qui shootent tous bien de loin. Ca va être intéressant de voir tous les styles de basket proposés lors de cette coupe du monde, et j’espère que nous aurons le meilleur alliage de dureté et qualité basket.

P.B : On va sortir un peu de la coupe du monde pour parler du 3×3 plus globalement. Te concernant, est-ce que tu pourrais nous dire une chose que tu préfères en 3×3 par rapport au 5 contre 5 ?

A.T : Ce que j’aime avec le 3×3 c’est que tu as une responsabilisation globale vis-à-vis de ton jeu. Tu peux utiliser toute la palette des fondamentaux du basketteur, bien plus que dans le 5×5 où, à mon sens, un joueur se spécialise beaucoup plus. En 3×3, tout le monde doit toucher un petit peu à tout et tout savoir faire (post up, défendre, shooter, dribbler, passer, bouger sans ballon, être agressif). C’est un basket un peu plus total que dans le 5×5 où on peut se contenter d’un profil de jeu plus strict. Mes coéquipiers qui ont joué avec moi peuvent en attester, ils arrivent métamorphosés après avoir passé un été à faire du 3×3 car ils ont beaucoup plus d’agressivité dans le jeu, plus d’aptitudes à faire des choses qu’ils n’avaient pas l’habitude de faire. Après, un autre aspect que j’aime dans cette discipline est le fait qu’au niveau de cardio, ça tape vite sans devoir courir autant. J’aime bien en faire pendant l’été car ça permet de me maintenir en forme sans pour autant faire les kilomètres de course en 5×5. Et puis c’est fun, il n’y a pas de coach… c’est très street, mais en étant quand même organisé.

P.B : Quel est ton meilleur souvenir en 3×3 ?

A.T : J’espère que ce sera celui que j’aurai à la fin de la semaine. [rires]

P.B : Un mot sur Dusan Bulut, considéré par beaucoup comme le meilleur joueur de 3×3 au monde. Qu’est-ce que tu penses de lui ?

A.T : Je pense qu’il a trouvé dans le 3×3 une manière de pouvoir s’exprimer qu’il n’aurait jamais trouvé dans le 5×5. Tant mieux pour lui, c’est un bon joueur que je respecte, mais rien de spectaculaire.

P.B : On parlait de l’arrivée du 3×3 aux JO 2020, et de l’appui de certains gros joueurs NBA. Est-ce que tu penses que des joueurs comme ça domineraient autant ?

A.T : Si tu parles du top du top des joueurs NBA comme eux, sans contestation oui. Peu importe la forme de basket, ils domineront et seront injouables. Mais sur des professionnels 5×5 lambda, beaucoup seraient surpris et auraient du mal à s’adapter. Le 3×3 est beaucoup plus permissif, rugueux, la faute est davantage tolérée en défense… Des mecs très spécialisés en 5×5 seraient mal à l’aise et auraient du mal à s’exprimer.

P.B : Tu auras 36 ans en 2020 pour les JO. Est-ce que actuellement tu y penses ou pas ?

A.T : Non je n’y pense pas du tout. C’est très loin. Pour l’instant je pense à la coupe du monde et à rien d’autre. Je suis très content que le sport soit reconnu à sa juste valeur et que ça devienne une discipline olympique, j’en suis ravi. De là à savoir ce que moi je ferai en 2020, déjà essayons de voir ce qu’on fait cette semaine et on verra plus tard.

P.B : Ce serait quand même une superbe façon de s’arrêter.

A.T : Ce serait l’idéal, bien entendu. Mais il faut avoir l’humilité de savoir où est sa place. Si les meilleurs Français ou NBA se rendent disponibles pour participer, je n’aurai pas la prétention de demander une place aux JO. En l’état actuel, je mériterais ma place, et j’aurais aimé avoir l’opportunité de la conserver, mais 2020 c’est loin. Voyons les résultats que l’on va faire cet été, je déteste brûler les étapes et manquer de recul vis-à-vis des situations, donc m’exprimer sur les JO est un peu piégeux je trouve.

P.B : On te le souhaite quand même en tous cas et on espère t’y voir !

A.T : C’est très gentil, merci beaucoup.

Toute l’équipe remercie Angelo Tsagarakis d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.
(Interview réalisée le  13.06.2017 par téléphone)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef Parlons Basket & Parlons NBA. Chez RMC de temps à autres. Le sang-froid de Larry Bird, le mental d'Olivier Giroud.