Parlons NBA avec Edwin Jackson : « Westbrook est un grand joueur, un Hall of Famer »

A l’occasion du lancement de notre chronique « Parlons NBA avec … », c’est Edwin Jackson qui a accepté notre invitation et qui lancera ce nouveau concept, au menu : Westbrook, MJ/LeBron, son idole…

P. H. : Salut à toi Edwin, merci d’avoir accepté notre petite invitation, comment vas-tu ? Comment te sens-tu après cette saison en Espagne ?

 

E. J. : Physiquement, je me sens super bien, ce fut une année sans pépin physique et pour un sportif de haut niveau c’est toujours une bonne chose.

Sur le plan individuel, je suis satisfait, j’ai fait la saison que je voulais faire. Sur le plan collectif, j’aurais voulu accrocher les playoffs, malheureusement ça n’a pas été chose faite, mais ça reste sur le plan individuel, une bonne saison. Et maintenant l’essentiel est d’aller de l’avant.

 

P. H. : Après avoir connu le Barca, Malaga et l’Estudiantes avec qui tu montres une saison très aboutie, considères-tu ça comme ta meilleure saison tant individuellement que collectivement ?

 

E. J. : Collectivement, on a su obtenir de très bons résultats par rapport aux objectifs fixés. On a fait une des meilleures saisons de l’Estudiantes sur la dernière décennie.

Individuellement, il faut savoir qu’on m’a demandé des choses qu’on ne me demandait pas de faire à l’époque donc c’est différent. C’est d’autant plus difficile ici car en Europe, les stats ne sont pas gages de vérité. Quand j’étais à Malaga par exemple en Euroleague, je tournais à 9 points de moyenne, ce qui n’est pas une mauvaise saison. Tu ne fais jamais d’énormes stats dans les grosses équipes, mais ça ne veut pas dire que ta saison est mauvaise.

 

Maintenant, Parlons NBA…

 

P. H. : Cette saison fut riche en records, beaucoup sont détenus par Russell Westbrook, l’homme dont tu as souvent parlé sur Twitter, tu as déchainé les passions de par ton opinion, dis moi ce que tu penses du joueur, de tout ce qu’il a pu accomplir cette saison ?

 

E. J. : Déjà, j’ai le plus grand des respects pour Russell Westbrook, quand je le regarde jouer je trouve que c’est un joueur formidable, il n’a pas d’excellents pourcentages mais dans une équipe comme Oklahoma, il est obligé de prendre beaucoup de shoots, et les fans de Russ me sont tombés dessus en pensant que j’avais quelque chose contre lui… ça n’a rien à voir avec ça, et le fait qu’il soit en triple double tout le temps, il va les chercher, il aborde les matchs en se disant « je veux être en triple double », moi j’aborde un match je me dis « je veux en mettre 40 ». C’est incroyable de faire ce qu’il a fait, il n’a pas un parcours atypique, c’est magnifique pour le sport. Steph Curry l’avait aussi montré, avec le travail on arrive à tout, Steph est devenu meilleur passeur, meilleur shooteur…

T’es obligé de respecter des mecs pareils qui jouent avec une volonté, un désir de gagner de la sorte. Russ est un grand joueur, c’est un Hall Of Famer. J’étais aussi dans ce cas, quand j’étais dans la course au MVP, et que ça ne jouait pas en ma faveur, je l’ai dit et redit, le MVP c’est le meilleur joueur de la meilleure équipe. Du moins d’une des équipes les mieux classées. Pour moi, Harden devrait être MVP. Après avec les records tu ne peux pas dire que Russ a volé ce titre.

Après si tu prends le « valuable » au pied de la lettre, c’est sur que Westbrook l’est sans aucun doute, sans lui le Thunder n’atteignait pas les playoffs. J’aime le voir jouer, il m’a fait allumé ma télé plusieurs fois cette année, mais j’ai juste exprimé que James Harden était meilleur au classement.

 

P. H. : Un truc dont on a beaucoup parlé, le débat MJ / LeBron, quand LeBron a depassé MJ au scoring en playoffs. Malgré deux époques bien différentes, on réussit à les comparer alors je voudrais ton avis là dessus ?

 

E. J. : Des débats générationnels, que ce soit dans la musique, dans l’art, tu ne peux pas comparer, c’est pas la même chose. Les gens qui ont vécu l’époque Jordan vont te dire que MJ leur a fait vivre des nuits folles, y’a des gens qui vivent avec LeBron en Finales NBA depuis 7 années consécutives, je trouve ça nul de comparer…

Meilleur joueur de l’histoire ? Pourquoi ne vous mettez pas Abdul Jabbar dans le lot ? Premier au scoring, des bagues en veux-tu en voilà, il a été MVP… Les Big man ont moins de reconnaissance et pourtant Dieu sait que Shaq était inarrêtable dans son prime. Faut arrêter de vouloir comparer.

« Les bagues c’est le plus important », « Il a joué contre 4 hall of famers », « Il avait telles statistiques, ceci, cela… », faut arrêter ! Faut apprécier le basket, j’ai apprécié MJ, Kobe, LeBron… je ne vois pas l’intérêt des comparaisons. Quand Jordan a arrêté sa carrière pour se mettre au baseball, les Bulls gagnaient encore des matchs et allaient en playoffs, LeBron transforme son équipe, son impact est trop important. Jordan voulait te mettre 100 points sur la tronche, LeBron veut gagner le match et à l’emprise sur tout. Et ça s’est vu quand il est parti de Cleveland, qui est passé de 1er de la conférence Est à la catastrophe totale au départ de LBJ.

LeBron a un plus gros impact que MJ dans le jeu, mais dire que l’un est meilleur que l’autre, je sais pas c’est compliqué, dans un sens ou dans l’autre… C’est vraiment kiff-kiff je pense, tu mets Jordan aux Cavs, ou LeBron aux Bulls, ils finissent avec le même nombre de titres…

C’est deux joueurs qui m’ont fait rêver, je m’en arrête à là. A ce niveau de débat, ce sont deux légendes, ce sont les meilleurs joueurs de deux générations différentes.

 

P. H. : Beaucoup ont grandi avec Kobe, je voulais savoir comment t’avais vécu la dernière de Kobe qui part avec 60 points pour son final ?

 

E. J. : J’ai beaucoup aimé le dernier match de Kobe, parce qu’il est à l’image de Kobe Bryant. Il a pris 50 shoots, des mecs auraient pas osé les prendre, mais le Staples Center était venu pour le voir jouer lui, il leur a donné un show mémorable.

Il a mis ses 60 points, les gens pourront dire ce qu’ils voudront « Utah défendait plus », « Utah n’était plus dans la course aux playoffs », bref, il a mis ses shoots clutch, il a procuré des émotions inoubliables aux gens, du Kobe quoi…

Tu l’attends, tu veux un spectacle, t’as beau l’aimer ou le détester, c’est une légende, un génie. Je me suis levé en plein milieu de la nuit, j’ai allumé ma télé et j’ai kiffé. Il l’avait décidé, c’était sa dernière année, et c’est beau de finir comme ça.

 

P. H. : Après je voulais un peu savoir, avec quels joueurs t’as grandi en NBA, est ce que tu as eu une idole, un joueur à qui t’as toujours voulu ressembler ou à qui tu voulais t’identifier ?

 

Skeeter Jackson

E. J. : J’ai pas vraiment d’idole, j’ai des gens qui m’inspirent, et ce ne sont pas les personnes qu’on croit… J’ai du respect pour les mecs en NBA, même si il est plus facile de réussir quand tu es LeBron James que quand tu es TJ McConnell, et je trouve que t’as des mecs qui arrivent en NBA avec plus de mérite, et c’est ce qui m’inspire beaucoup, de par leur parcours, de par leur arrivée en NBA… Moi mon idole, et je l’ai toujours dit, de par ce qu’il a vécu, de ce qu’il a accompli avec les cartes qu’on lui avait donné, c’est mon père.

Il y a des gens qui m’ont fait rêver, il y a eu Kobe, il y a eu Grant Hill quand j’étais plus jeune, Penny Hardaway quand il jouait à Orlando, après il y a plein de joueurs pour qui j’allume ma télé, on arrive à un tel niveau aujourd’hui en NBA…

Il y a des joueurs à qui je m’identifie, bien sûr. Je suis assez proche de mecs comme Damian Lillard/Eric Gordon dans le style de jeu. J’aime beaucoup voir jouer Kawhi, Isaiah Thomas, Steph Curry, Kyrie Irving est un génie balle en main et tant d’autres. Mon joueur préféré a toujours été moi même et ça restera ainsi.

 

P. H. : Depuis que tu regardes la NBA, que penses-tu de l’évolution des dernières saisons NBA ? Tu penses qu’on évolue dans le bon sens ? La saison 2016/2017 étant l’une des plus abouties sur le plan individuel, tu penses qu’on perd un aspect collectif ? Ou est ce qu’alors on avance vers le positif et c’est bon d’avoir ce genre de performances ?

 

E. J. : Faut arrêter d’être concentré sur le passé, et accepter le changement. Je regardais l’autre jour les finales NBA 1990, il y avait un spécialiste ou deux à 3 points par équipe, qui se mettait dans le corner ou à 45 degrés, les équipes shootaient très peu à 3 points. Le basket a changé.

La plus grande saison individuelle tu l’attribues à qui ? A Wilt Chamberlain parce qu’il a terminé la saison à 50pts/25reb de moyenne parce qu’il pouvait avoir 3 secondes dans la raquette ? On a apprécié seulement un moment de l’histoire, maintenant c’est différent. Dans la musique c’est pareil « le rap c’était mieux avant », non c’est comme ça, ça évolue, donc soit tu t’adaptes, soit tu vis dans le passé.

A l’époque de MJ, peu savaient faire que ce savait faire MJ, aujourd’hui, des big man shootent mid-range, des intérieurs shootent à 3 points, ça évolue, et on en arrivera peut être à un point ou il faudra reculer la ligne à 3 points, augmenter la hauteur des paniers…

Je décide de partir en Chine, et la première chose qu’on me dit « c’est peu développé », attends de voir dans 15 ans, on le voit déjà dans le foot, y’a des moyens, des ressources, ils sont partout dans tous les secteurs, et ils commencent à l’être dans le sport. L’Europe va bientôt passer au second plan au dépens de la Chine.

Quand j’étais aux Philippines, ça se sent ils sont beaucoup plus consommateurs… Ils sont friands de sports là bas.

Donc oui, les choses évoluent plutôt dans le bon sens, et nous devons vivre avec notre temps.

 

P.H : Pour finir, as-tu des performances qui t’ont marqué au point de t’émerveiller devant ta télé ?

 

E. J. : Ce qui m’a le plus choqué en NBA, et j’ai eu un déclic à ce moment là dans ma tête, c’est quand Kobe Bryant a enchainé ses 7 ou 8 matchs d’affilée à plus de 50 points… Je me suis dit, c’est ça, cet instinct de tueur, d’attaquant que j’adore chez Kobe.

Beaucoup ont fait de grandes carrières, j’ai du respect pour TP, pour Duncan, pour Ginobili, car ce sont des joueurs qui ont su rester au top durant 10, 12, 15 ans en NBA, je trouve ça incroyable. Gilbert Arenas était au top durant 5-6 saisons, c’est incroyable, c’est aussi incroyable de le faire sur une saison, mais faut imaginer sur une dizaine de saisons…

 

 

Un grand merci à Edwin Jackson pour cette petite interview, Parlons Basket lui souhaite bon courage pour sa saison en Chine qui débutera le 20 septembre.

 

 

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