Lettre ouverte à… Frédéric Forte, de la part d’un limougeaud

Limoges – 1er janvier 2018 – 5 h 00

« Cela fait maintenant un peu plus de 6 heures que nous avons appris la nouvelle, celle de votre décès. Président du Limoges CSP depuis 2004, ancien international français (75 sélections) vous vous êtes éteint d’une crise cardiaque, chez vous, à l’âge de 47 ans.

Votre personnage marquant et clivant restera l’une des icônes du peuple limougeaud. D’abord pour votre carrière au sein du club cercliste de 88 à 89, puis de 91 à 97 en tant que joueur, avec cette action qui restera à jamais dans la légende : l’interception décisive sur le tir de Toni Kukoc en finale de la Coupe d’Europe 1993.

Puis en tant que président du « sauvetage », lorsqu’en 2004, vous reprenez les rênes d’un club au bord du gouffre, en proie à des soucis financiers. En repartant de Nationale 1, l’aventure s’annonçait longue et périlleuse. Pourtant, avec votre flair et votre détermination, Limoges a retrouvé la vie.

D’Hugues Occansey à Kylle Milling, de David Thévenon à Kenny Hayes en passant par Erroyl Bing, Diamory Sylla, Alhaji Mohammed, Ivan Almonte, Dragan Lukovski, Johan Passave-Ducteil, John McCord, John Ford, le retour de Fred Weis, les derbys contre Poitiers en Nationale 1 comme en Pro B, Éric Girard, Zare Markovski, Cedric Banks, RT Guinn, Raphael Desroses , Mike Gelabale, Teddy Gipson, Jo Gomis, Alex Acker, Nobel Boungou-Colo, Taurean Green, Pooh Jeter, Kyle McAlarney, Landon Milbourne, Adrien Moerman, Trent Plaisted, JR Reynolds, Jamar Smith, Heiko Schaffartzik, Brad Wanamaker, Léo Westermann, Zack Wright sans oublier Frejus Zerbo ; la liste est longue et incomplète, mais retrace en grande partie le parcours de VOTRE présidence. Celle qui a ramené Limoges vers deux titres de champion de France en 2014 et 2015. C’est aussi le retour de la coupe d’Europe dans le temple de Beaublanc, pour se rappeler les saveurs d’une gloire passée, à laquelle vous avez participé.

Ce matin, les mots manquent au basket français pour parler d’un homme aux mille idées et aux convictions fortes. Alain Béral, président de la Ligue Nationale de Basket et, quelque part, votre meilleur ennemi, reconnait que votre caractère portaient le basket vers le haut :

« Bien sûr, parfois nous étions en désaccord mais son engagement et son exigence nous poussaient à nous rendre meilleurs et à tirer le basket vers le haut »

Le vide est immense et la nouvelle est brutale. Vous deviez être du déplacement en Italie, pour assister au premier match du CSP au Top 16 de l’Eurocup. Vous qui avez bâti cette équipe après des saisons compliquées, n’aurez même pas eu le temps de profiter pleinement de ce renouveau. Car oui, cette présidence n’a pas toujours été rose et nombreux sont ceux qui ont voulu votre tête. Entre le nombre de joueurs passés par Limoges (oui juste passés), les coachs (13 depuis 2004, dont vous-même) et les diverses polémiques entourant vos choix, rien ne vous a fait dévier de votre route, « en vert et contre tous ». Cette route qui avait pour seul but de mener le Limoges CSP vers les chemins de la gloire.

Cette saison, votre équipe avait déjà un cœur immense. Il faudra digérer ce départ inattendu, mais il est évident que vos hommes voudront rendre hommage à leur président, en terminant l’année de la meilleure des manières. Maintenant orpheline de son mythique boss, l’avenir est pour le moment flou. Les premiers matchs à Beaublanc devraient être poignants. Une pensée particulière à vos supporters, qui sauront vous rendre au centuple ce que vous leur avez donné pendant ces années. Aux groupes de supporters qui, malgré les désaccords entre vous et eux, déploieront sans doute les plus beaux tifos de leurs chapeaux. On imagine que le numéro 4 va rejoindre les maillots d’Ed Murphy et Richard Dacoury au plafond du chaudron. Monsieur le Maire souhaiterait même renommer Beaublanc en « Palais des sports Frédéric Forte ».

Que l’on aime ou pas le personnage, difficile de ne pas reconnaitre ce que vous avez fait pour le basket à Limoges et en France. Visionnaire, l’un de vos derniers messages est glaçant, tant le timing n’est pas le bon… « J’ai appris que le bonheur d’un jour pouvait ne pas passer la nuit », écriviez-vous la veille du drame.

Vous avez pris une grande place dans le monde de la balle orange hexagonale et il est difficile, pour des amoureux de ce sport, de ne pas avoir un souvenir ou une anecdote nous rapprochant un peu plus de vous.

D’ailleurs, en tant que limougeaud, difficile de ne pas terminer sur une note personnelle. Monsieur Forte, vous et vos camarades de 93 avez marqué mon enfance. On m’a très vite appris qu’à Limoges, le basket est une religion et que ses 11 guerriers sont des dieux. A l’instar d’Obelix, je suis tombé dans la marmite tout petit. Après tant d’années à suivre Limoges, j’ai pu vous côtoyer l’année dernière et j’ai gardé mes yeux d’enfant en vous écoutant parler de basket et du CSP. Je vous ai admiré, adoré, chahuté, détesté, mais je vous respecte pour l’ensemble de votre œuvre. Si aujourd’hui j’ai la possibilité de vous dédier un article hommage, c’est que cette passion de la balle orange ne m’a jamais quitté, jusqu’à en venir à rédiger des articles pour un site spécialisé. Alors, quelque part, merci à vous président.

Dorénavant, vous allez beaucoup nous manquer. De là-haut, on sait que votre regard sera toujours pointé sur le 65, Rue de Bellac, Boulevard de Beaublanc à Limoges pour protéger ce Club Si Particulier avec lequel vous resterez à jamais l’un des premiers… »

On pense à vos enfants, à votre compagne, à vos proches.

Reposez en paix Mr Forte.

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